Les treize desserts

L'ouvrage:
Lola est morte dans un accident de voiture. Son mari, José, qui l'adore, meurt un an plus tard. Ils laissent deux enfants qui ont vingt ans de différence: Pablo, et Inès.
Inès a quinze ans. Elle va vivre chez son frère. C'est elle qui nous raconte sa vie après ce tournant.

Critique:
Sous des dehors insouciants, ce roman est grave. Le lecteur découvre une palette de personnages qui ne manquera pas de l'attirer. Traversé de notes humoristiques (la tante Anna), de pointes de légèreté (le réveillon à Almeria), d'éclairs de poésie, le récit d'Inès est bien écrit. Camille Bordas parvient parfaitement à plonger son lecteur dans la vie de cette adolescente secrète par obligation. En effet, on se rend compte que personne ne cherche vraiment à comprendre Inès, à l'écouter, à l'aider. Son frère l'aime maladroitement, et il n'en a pas toujours le temps. Quant à Nathalia, Inès comprend trop tard que le fait qu'elles ne se soient pas rapprochées est autant sa faute que celle de sa belle-soeur.

Inès est adolescente, cependant, elle n'a rien de celles que certains romanciers se contentent de brosser à traits grossiers et à grands coups de clichés. Du coup, le lecteur sympathise avec elle, et la suit volontiers dans ses errances tant mentales que physiques.

Si je n'ai pas adhéré à l'histoire d'amour, Inès ne m'a pas du tout agacée. Elle s'est comportée comme n'importe quelle personne amoureuse. Elle a même été plus mature que certains adultes. C'est le personnage de Liam qui m'a exaspérée. Il n'avait pas à faire supporter ses états d'âme à Inès.
La tante Anna aussi, m'a énervée, dans cette histoire. Elle donne des conseils dénués de bon sens à la jeune fille, alors que celle-ci tentait tant bien que mal d'être raisonnable.
Anna semble drôle, pleine d'allant et d'entrain, mais en fait, elle ne fait pas grand cas des autres.

José et Lola ne sont que des souvenirs d'Inès et de Pablo, et le lecteur entend peu parler d'eux. Cependant, le prologue et certaines lettres de José nous en disent assez pour que ces personnages nous soient sympathiques. Leur discrétion, la façon dont ils ont tenté de faire ce qu'ils croyaient être juste (à plus ou moins grande échelle), tout cela m'a touchée.
Les «souffrances» d'Inès pourraient paraître présomptueuses à côté de cela. Pourtant, j'ai trouvé que tout le monde avait sa place. L'auteur a donc su montrer que chaque histoire était bonne à entendre, chaque personne qui tente d'avancer vaut la peine, même si certaines ne connaissent pas de déboires aussi affreux que d'autres.

Remarque annexe:
J'ai enfin appris l'origine des treize desserts, et ce qu'ils étaient. Depuis le temps que j'en entends parler...!

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roland Dufour pour l'association Valentin Haüy.
J'aime beaucoup la voix claire et le ton dynamique de ce lecteur. Ce livre aurait sûrement dû être lu par une femme (sauf quelques passages), mais l'interprétation de Roland Dufour est appropriée, ce qui fait que je n'ai pas été gênée.

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