Les règles d'usage

L'ouvrage:
New York, 11 septembre 2001. Ce jour-là, Wendy, treize ans, est au collège depuis peu lorsqu'on apprend la destruction des tours du World Trade Center. La mère de l'adolescente, Janet, travaille dans l'une des tours, au quatre-vingt-septième étage. Les jours passent, et Janet ne revient pas. Alors que Wendy, Josh (son beau-père), et Louis (son demi-frère de quatre ans) tentent d'accepter qu'ils ne la reverront plus, Garett (le père biologique de la jeune fille) débarque de Californie et lui dit qu'elle doit venir vivre avec lui, puisque sa mère n'est plus là.

Critique:
Après avoir été très déçue par «Le week-end» et «Les filles de l'ouragan», je pensais avoir fait une croix sur Joyce Maynard. J'ai essayé ce livre parce que la quatrième de couverture semblait intéressante, et parce qu'il a été enregistré par une lectrice que j'aime beaucoup. J'ai été très agréablement surprise par ce roman très juste.

Joyce Maynard raconte d'abord le désarroi que causèrent les attentats du 11 septembre. On sait que cela a été un énorme traumatisme, on se doute de la manière dont l'ont vécu les gens, mais le lire à travers l'histoire de monsieur et madame tout le monde le fait ressentir plus intensément, plus intimement.

Ensuite, l'auteur s'attache à montrer ce que j'appelle des gens normaux. Par les temps qui courent, c'est reposant, et cela donne un peu d'espoir. Je veux dire qu'avec toutes les histoires de détraqués qu'on voit dans le monde, on est content de lire un récit qui concerne des gens qui ne sont pas tordus, et ne songent pas uniquement à faire du mal à ceux qui, selon eux, ont une meilleure vie. Je caricature un peu, mais pas tant que ça. Certains diront peut-être que l'auteur exagère lorsque Wendy se lie d'amitié très facilement avec des gens rencontrés au hasard de ses pérégrinations. Moi-même, j'ai trouvé ça un peu gros, mais après tout, pourquoi pas? C'est réconfortant de ne pas toujours se méfier de tous. Bien sûr, dans le roman, ces rencontres ne finissent pas par cacher des tueurs fous, mais dans la vraie vie, on n'est jamais trop prudent...

J'ai été agacée que l'héroïne magnifie son père. Bien sûr, on la comprend, et je pense que mon agacement est subjectif. Cette remarque m'amène à un autre point. L'auteur montre des exemples de relations parents-enfants. Wendy a été bien élevée. Même si elle a ses moments de colère et de mauvaise foi, elle sait, au fond, ce qui est bien ou pas. Elle connaît les limites. Elle est déboussolée, se cherche, est rongée par les disputes qu'elle a pu avoir avec sa mère. Elle flirte avec certains interdits... Seulement, tout le monde n'aurait pas réagi comme elle finit par le faire. Là encore, certains diront que c'est un peu gros, que n'importe qui aurait profité d'avoir la liberté qu'a la jeune fille pour faire n'importe quoi. Il ne faut pas oublier sa bonne éducation, le fait qu'elle est responsabilisée. Il est plaisant de penser qu'il existe des gens comme elle.

Au long du roman, on voit d'autres exemples de parents et d'enfants. Tous ne font pas toujours ce qu'il faudrait, parfois parce qu'ils ne le peuvent pas, parfois parce qu'ils sont bornés et ne veulent pas se remettre en question.
Les événements donnent lieu à d'improbables rencontres. J'ai aimé le réveillon de Noël avec tous ces gens venus d'horizons différents, ayant été cabossés par la vie...

D'une manière générale, ce roman montre que quoi qu'il arrive, la vie continue, et que certains d'entre nous sont (comme le dirait Caroline) des cactus, car malgré les blessures et les traumatismes, nous continuons. L'auteur montre que rien n'est jamais fini. Je pense surtout à Todd en écrivant cela. Ce roman racontant des expériences est aussi un appel à la tolérance, à l'ouverture d'esprit. Les sentiments qu'elle décrit sont vrais.

Éditeur: Philippe Rey.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie beaucoup la manière de lire de Martine Moinat. Elle n'en fait jamais trop, mais n'est pas non plus trop sobre. Ici, elle n'a pas démérité. Comme je suis pinailleuse, je dirai que je n'ai pas compris pourquoi elle prononce «Yosh» pour «Josh».

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