Les pêcheurs de coquillages

L'ouvrage:
Pénélope Killing vient d'avoir un infarctus. Ses enfants s'inquiètent pour sa santé. Nancy, sa fille aînée, souhaite qu'elle ait une dame de compagnie.

D'autre part, Nancy tombe, par hasard, sur l'annonce d'une vente aux enchères où on propose l'un des tableaux de son grand-père, Lawrence Stern. Elle apprend que ces toiles sont très prisées. Elle qui a des soucis d'argent, imagine déjà Pénélope vendant toutes les toiles ou esquisses de Lawrence Stern qu'elle possède, et partageant l'argent entre ses enfants.

Critique:
Rosamunde Pilcher prend le temps d'installer ses personnages, de nous dévoiler leurs pensées bonnes ou mauvaises, leurs craintes, leurs aspirations. Le roman est donc un peu lent, mais il n'y a pas de longueurs, on n'a pas envie de sauter des pages. Au contraire, ces longues descriptions de ce qui se passe dans la tête des personnages font qu'on se les approprie petit à petit, et qu'on a l'impression de les connaître, comme si on les côtoyait tous les jours.
En outre, l'auteur ne se cantonne pas à une tranche d'âge, comme c'est souvent le cas chez celles qui s'essaient à ce type de roman. Tout comme dans «September» (écrit après, mais que j'ai lu avant), on retrouve des sexagénaires, des personnes d'âge mûr, des jeunes adultes, des adolescents. La romancière arrive à nous faire ressentir pareillement les émotions de chacun d'entre eux. C'est une preuve de son talent: elle sait se glisser dans la peau de n'importe quel genre de personnages.

La plupart des personnages évoqués sont attachants. Il y a, bien sûr, des exceptions. Par exemple, Nancy est guindée, a énormément de préjugés, ce qui rend ses pensées et ses attentes superficielles. Son esprit est étriqué, ses aspirations sont égoïstes, elle ne voit que par le paraître et l'ostentation. Elle en devient presque caricaturale.
Noël aussi est assez méprisable. Sans être aussi détestable que Nancy, c'est, si on veut le résumer, un parasite. On le retrouvera d'ailleurs dans «September», où son caractère opportuniste est un peu moins marqué, et où, à la fin, il semble prendre certaines responsabilités. On dirait que Rosamunde Pilcher s'est jugée un peu sévère envers ce personnage, et a tenté de le racheter quelque peu aux yeux du lecteur dans «September».

Le roman est construit de moments du présent, et de retour en arrière: deux personnages se remémorent quelque chose, et le lecteur peut suivre leurs pensées, et donc tel pan de leur passé, ce qui permet de comprendre tel aspect de leur vie ou de leur personnalité.

J'ai tout de même deux reproches de taille à faire. Le premier renvoie à un préjugé de la société. Le personnage de Danus ne boit pas d'alcool. A chaque fois, les autres lui disent des choses du genre: «Ça ne te réussit pas?», ou «Tu es malade?». Pourquoi les gens ne peuvent-ils pas concevoir qu'on ne boive pas d'alcool parce qu'on n'aime pas ça! Pourquoi l'idée est-elle si ancrée dans la tête de chacun que quelqu'un qui ne boit pas a soit une maladie soit un problème avec l'alcool?! Cela m'insupporte au plus haut point, ressentant moi-même une grande aversion pour tout ce qui est alcoolisé. J'ai même eu droit à: «Tu bois pas d'alcool! Tu sais pas ce que tu perds.» Ben, je déteste ça, patate! Donc je perds rien!

Le deuxième reproche touchera plus de monde. Il semblerait que Rosamunde Pilcher ait eu envie de prolonger son roman, mais que son inspiration se soit quelque peu envolée. En effet, la raison pour laquelle Danus désire s'en aller, et quitter Antonia est peut-être valable, mais exposée de manière mélodramatique, avec un tas de mystères autour, des tonnes de précautions oratoires... On se croirait dans du Harlequin! Cela m'a presque dissuadé de finir le livre.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Simonne Frenssen pour la Ligue Braille.

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