L'ouvrage:
Justine Neige, vingt-et-un ans, vit avec ses grands-parents (Armand et Eugénie) et son cousin (Jules). Elle est aide-soignante à la maison de retraite Les Hortensias. Elle aime s'occuper des personnes âgées, et surtout, que celles-ci lui racontent leur histoire. Une série d'événements va bousculer sa routine. L'un d'eux est le suivant: un corbeau sévit aux Hortensias. Il contacte les familles qui ne viennent presque jamais voir leurs proches, et leur annonce que ceux-ci sont morts.

Critique:
Après avoir aimé «Trois» et «Changer l'eau des fleurs», j'ai sauté sur l'occasion de lire «Les oubliés du dimanche». Ce roman m'a plu.

À travers la vie de Justine et l'histoire que lui raconte Hélène, Valérie Perrin crée plusieurs intrigues qu'elle fait se croiser à divers degrés. Elle alterne le présent de Justine, le passé d'Hélène, et ce qui arriva aux Neige entre 1984 et 1996. Elle nous montre des personnages ordinaires, dont certains, à un moment de leur vie, ont mal agi par désespoir, en pensant que ce qui arriverait ne serait pas si cataclysmique. Mais on ne peut pas tout prévoir... L'un de ces personnages a eu la chance d'oublier son acte. De ce fait, je me demande comment Justine a pu en avoir connaissance. L'a-t-elle supposé? Ou bien Hélène a-t-elle fini par le deviner? Ou ai-je raté quelque chose?...
Quant aux personnages qui se souviennent, l'autrice montre comment ils tentent de composer avec les conséquences, et surtout leur culpabilité. Dans les romans, même si je tente toujours de me mettre à la place des personnages, je suis prompte à vouer ceux qui agissent mal aux gémonies. Ici, même si je les ai blâmés, je les ai compris, surtout celui qui finit par oublier. Un autre trouve moins grâce à mes yeux, mais il finit par bien agir... À ce sujet, j'aurai aimé avoir davantage d'informations sur ce protagoniste.

Le fait qu'époques et histoires soient entremêlées permet à Valérie Perrin de ménager le suspense en passant d'une époque et d'un personnage à l'autre. Je n'aime pas du tout cette ficelle, en général, mais ici, elle m'a moins gênée parce que chaque histoire m'intéressait. On quitte le passé d'Hélène, oh zut, mais en fait, c'est bien parce qu'on retrouve le présent de Justine, et vice versa. Cela fait que pour moi, ce livre est sans temps morts. De plus, cela donne le temps aux différentes énigmes de mijoter dans la tête du lecteur.

L'autrice n'oublie pas d'ajouter de petites notes d'humour pour détendre un peu certaines situations. Par exemple, Justine contrevient à la loi lorsqu'elle se laisse enfermer dans la gendarmerie afin de fouiller les archives. Ce qu'elle fait est risqué, elle a très froid, et une chose quelque peu amusante arrive, de laquelle découlent des remarques (parfois caustiques) de la jeune fille.

J'ai regretté de devoir quitter Justine (cela m'arrive avec beaucoup de livres). J'aurais aimé continuer de la suivre après tous ces événements... Surtout qu'elle laisse le lecteur sur un suspense insoutenable. ;-)

Je ne sais pas à quel point Valérie Perrin s'est documentée, mais j'aimerais savoir si elle s'est appuyée sur des études pour l'une de ses affirmations, ou si elle a tout inventé. Je parle du fait qu'une personne dyslexique ne parvienne pas à apprendre à lire «en noir» (terme qu'utilisent en général les aveugles pour parler de l'écriture de ceux qui voient) et apprenne le braille sans soucis. De plus, si j'ai bien compris, Hélène apprend le braille au toucher. Or, les personnes qui voient avec qui j'ai évoqué le braille m'ont toujours dit qu'au toucher, il leur était impossible de distinguer le nombre de points et l'écartement entre chacun.

Remarque annexe:
Je déteste les termes aseptisés qu'emploient beaucoup de gens pour dire «aveugle». Je déteste qu'on n'emploie pas le terme exact pour dire quelque chose, et qu'on le remplace par du politiquement correct. Valérie Perrin s'en tire bien. Elle parvient à contenter tout le monde en employant parfois «aveugle» et parfois «non-voyant». Heureusement pour moi, elle n'écrit pas «déficient visuel» que j'abhorre davantage que «non-voyant», car je n'aime pas l'idée apportée par le mot «déficient».

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Maeva Méline.

C'est le premier livre enregistré par cette comédienne que je lis. Elle n'avait pas la partie facile. Par exemple, Justine précise que son grand-père a l'accent du coin, qu'il roule les «r»... Alors, Maeva Méline était obligée de faire cet accent lorsque Armand s'exprimait. En général, ce genre de choses ne me plaît pas. Ici, je trouve que la comédienne a bien joué, car on n'a pas l'impression qu'elle joue. Je me demande s'il y a eu une discussion entre elle, l'ingénieur du son et l'équipe d'Audiolib pour savoir s'il fallait aussi faire un accent à Eugénie. Justine ne précise rien quant à celle-ci, mais après tout, elle est du même coin et de la même époque qu'Armand. Je préfère que la comédienne n'ait pas pris d'accent pour ce personnage.
Outre cet exemple, j'ai apprécié le jeu de Maeva Méline au long du roman. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

Souvent, je râle parce que lorsque les chapitres d'un livre ne durent pas environ un quart d'heure, Audiolib coupe les plus gros, et réunit les plus petits. Ici, j'ai été ravie de constater que seul, un «gros» chapitre est coupé en deux pistes. Les petits (même très petits) ne sont pas réunis. :-)