Les nouveaux voisins

L'ouvrage:
Julie Prentice étant harcelée après la publication de son livre («Le jeu de l'assassin»), son mari et elle ont décidé de déménager. Dès le départ, les relations avec certains de leurs voisins s'annoncent mal...

Critique:
Ce livre m'a plu, même si j'ai quelques reproches à lui adresser. Catherine McKenzie montre habilement que tout est toujours une question de points de vue. En tant que spectatrice, j'ai bien compris que certains ont rapidement monté des incidents en épingle, que s'ils avaient pris le temps d'écouter et d'accepter les explications données, ils auraient évité des malentendus. Hanna, par exemple, a très vite une dent contre Julie pour de mauvaises raisons. Mais si on la blâme pour cela, on se rend bien compte, à travers ses propos, que c'est son instinct qui parle. Elle lutte contre un danger qu'elle ne connaît pas (alors que le lecteur, lui, sait de quoi il s'agit), et pour ce faire, elle utilise des éléments tangibles. Elle s'attarde sur ce qui n'en vaut pas la peine parce qu'elle ne parvient pas à trouver où est le problème. Cela fait que si Hanna m'a agacée, je l'ai également comprise.
L'auteur en fait peut-être trop au sujet des relations entre Julie et Hanna, notamment concernant l'exemple de la douche.

Si ma sympathie est allée à Julie, je l'ai trouvée ambiguë sur certains points. J'ai donc gardé un peu de distance vis-à-vis d'elle.

Je n'ai pas vraiment compris pourquoi le voisinage était à ce point inerte concernant la dictature que Cindy s'arroge le droit d'exercer. Elle s'est élue représentante du quartier, met en place des soirées mensuelles entre voisins, décide que tout un tas de règles (dont elle allonge la liste pour un oui ou pour un non) doivent être respectées... Certains tentent bien de lutter, mais plutôt en faisant en sorte que Cindy ne sache pas qu'ils contreviennent aux règles. Susan lui trouve des circonstances atténuantes, mais ses arguments ne m'ont absolument pas convaincue!

La romancière alterne le passé (il y a douze mois, il y a onze mois, etc) et le présent («aujourd'hui»). Même si je n'aime pas cette structure parce qu'elle est totalement artificielle, je reconnais lorsqu'un livre y gagne. Ici, à mon avis, le livre y perd beaucoup. L'auteur s'évertue à faire ainsi afin qu'on apprenne une chose à la fin. Au long du roman, elle donne des indices quant à ce fait, joue au chat et à la souris... C'est vraiment dommage, d'abord parce que les ficelles utilisées sont très grosses. Ensuite, il aurait été plus percutant que son récit soit chronologique. Certes, on aurait appris en cours de route ce qu'elle souhaitait nous faire savoir à la fin, mais cela n'aurait rien gâché. On n'aurait pas su qu'il y avait quelque chose à chercher. Puis une fois connu, cet élément aurait fatalement appelé l'enchaînement avec «aujourd'hui». Ces passages m'auraient paru plus plaisants, puisque sachant pourquoi les personnages en étaient où ils en sont, j'aurais respiré à leur rythme, partagé leur angoisse... Là, je me disais: «Allez, fais-nous un peu de remplissage avec un de tes «aujourd'hui»!» Je n'étais pas vraiment touchée lors de ces chapitres (sauf à la fin), l'auteur étant trop précautionneuse, et tournant autour du pot avec d'énormes sabots, comme si elle jouait à ni oui ni non. D'autre part, ce qui compte vraiment, c'est pourquoi les relations s'enveniment, comment la tension monte, etc. Elle n'avait donc pas à mettre un point d'honneur à cacher ce fait aussi longtemps.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Brilliance audio.
Tery Clark-Linden lit les chapitres racontés par Julie, Scott Merriman lit ceux racontés par John, Amy McFadden se charge des mails de Cindy, et James Foster de l'article de journal.

Je ne connaissais pas Tery Clark-Linden. Globalement, j'ai apprécié sa lecture, mais je trouve dommage qu'elle ait modifié sa voix de manière qui m'a paru caricaturale pour Susan, Cindy et Ashley. Lorsqu'Ashley hurle, j'ai trouvé qu'elle surjouait. Cela a fait que sur le moment, j'avais du mal à ressentir les émotions de la jeune fille. Ensuite, prise par l'histoire, j'y ai réussi, mais je regrette l'interprétation de la lectrice.

Je ne connaissais pas Scott Merriman. J'ai apprécié son jeu, et je le retrouverai avec plaisir sur d'autres ouvrages. Je regrette seulement qu'il ait modifié sa voix pour Daniel. Il n'exagère pas, mais cette voix différente m'a plutôt agacée.

J'ai été ravie de l'interprétation d'Amy McFadden, dont j'aime beaucoup le jeu, d'une manière générale. Avec talent, elle campe une Cindy souriante, mielleuse, dégoulinante de l'importance qu'elle se donne... je m'imaginais régulièrement piétiner Cindy avec des talons très pointus, et la brillante interprétation de la lectrice accentuait ce sentiment.

James Foster lit très peu. J'ai un bon a priori quant à son jeu, mais il faudra que je l'entende à nouveau sur un texte plus long.

Ce livre est une lecture commune avec mon mari.

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