Les larmes de Tarzan

L'ouvrage:
Elle lui est littéralement tombée dessus alors qu'elle «jouait» à faire Tarzan sur la plage. C'est donc comme ça que Janne surnommera Mariana.
Janne roule en Lamborghini, papillonne, ne veut pas d'enfants. Mariana arrive à peine à nourrir ses deux enfants, et soupire après Mike, son grand amour, que sa schizophrénie a éloigné pour un temps. Après cette rencontre fracassante, ils se reverront. Une relation compliquée commence.

Critique:
Cela fait un moment que ce livre me tente, mais j'étais réticente, car le scénario est encore un couple que tout sépare. J'avais peur que ce soit une copie (donc pâle) de «Le mec de la tombe d'à côté», que ce livre ait été écrit à la va-vite pour surfer sur la vague du succès qu'obtinrent Benny et Désirée. Je n'ai pas été déçue d'avoir dépassé ma réticence. J'ai été étonnée que l'auteur parvienne à se renouveler avec un scénario ressemblant. D'abord, si le livre est raconté à plusieurs voix, outre celles de Janne et Tarzan, on partage les sentiments de Bella et Billy, les enfants de Mariana. Cela change un peu, donne différents points de vue. La façon dont s'expriment les enfants est aussi un petit changement, au cas où le lecteur s'enferrerait dans la routine.

Ensuite, sous des allures de ressemblance, l'histoire diffère. Ce n'est pas tellement la géographie ou les personnalités des protagonistes qui les empêchent de se retrouver. S'ils viennent de deux mondes différents, ils pourraient se côtoyer sans problèmes, à l'inverse de ceux de Benny et Désirée.
De plus, ils n'ont pas du tout la même personnalité que Benny et Désirée, ce que je craignais. Dans ce roman, je n'ai pas eu de préférence pour l'un ou l'autre. J'ai compris les deux. Mariana a de la repartie, ne s'en laisse pas conter, et refuse de tomber dans la facilité. C'est ce qui en fait quelqu'un de bien, à mon avis. Avec un tel personnage, l'auteur évite le cliché de la femme qui profite de l'argent de l'homme riche. Et pourtant, Mariana est parfois obligée de recourir à Janne... et à son argent.
Elle fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a. Elle ne perd pas ses rêves de vue, élève ses enfants du mieux qu'elle peut, et quand tout lui pèse, elle le recouvre d'une bonne dose d'humour.
Certains soupireront qu'elle a l'air parfaite, et qu'elle n'est donc pas intéressante. Elle n'est pas parfaite. C'est juste une madame tout le monde, ayant certaines qualités qui semblent se perdre quelque peu dans notre société.

Quant à Janne (son prénom me perturbe ;-) ), il est sympathique. On pourrait se demander, comme lui, ce qu'il trouve à Mariana. Étrangement, cela ne m'a pas fait bondir, alors que l'attirance de Janne ne s'explique pas vraiment. (Pour Mariana, tout est expliqué, analysé, décortiqué...) Je pense que c'est sous-entendu: cette rencontre a révélé certaines choses à Janne, choses qui le font grandir presque malgré lui, qui l'obligent à sortir de sa petite vie routinière et un peu fade. Mariana est la cause de ce changement. Cela explique donc l'attirance, voire l'amour de Janne pour elle. Et puis, Mnotre héroïne est quelqu'un de bien, quelqu'un d'aimable, de charismatique.

Cette histoire resterait banale, voire insipide sous la plume d'un autre que Katarina Mazetti. Elle rend cette intrigue explosive grâce à ses personnages qui ne laissent pas indifférents, mais aussi de par son style caustique, vif, enlevé, sans fioritures. Alliant truculence et gravité, elle nous sert un récit brillamment mené. S'il ne fallait retenir que deux moments clés, j'évoquerais d'abord celui où Janne vient voir Mariana, se retrouve seul avec Bella et Billy, et... finit par être perçu comme un pédophile par la voisine! Cette scène est un exemple de l'humour dont sait faire preuve Katarina Mazetti, humour dont son roman est jalonné.
Ensuite, il y a cette scène grave, émouvante, et décisive: Janne donnant un portable à Mariana, et lui disant de l'appeler s'il y avait une urgence. Elle est d'apparence banale, mais si pleine d'émotion et de tendresse qu'elle ne pourra que toucher le lecteur. Je me doutais, après ce don de portable, qu'une situation urgente se présenterait...

Quant à la fin, elle me convient. Elle n'est pas figée, mais va vers la voie que je souhaitais.

Éditeur: Gaïa.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie toujours autant cette lectrice. Elle lit toujours de manière soignée, sait être sobre sans monotonie, et mettre le ton qu'il faut sans surjouer. Je pense que ce roman ne doit pas être facile à lire à voix haute, car il mélange subtilement humour, gravité, avec des pointes de désespoir, et une touche d'optimisme. Tout cela ne doit pas être simple à faire passer. D'autre part, un roman à plusieurs voix est délicat à lire seul.
Martine Moinat s'en est très bien sorti, sachant rendre le dynamisme de Katarina Mazetti, ainsi que tous les sentiments contenus dans ce roman.

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