Les inséparables

L'ouvrage:
La narratrice évoque son amitié avec Léa. Elles se connaissent depuis l'enfance.

Critique:
En général, quand je n'aime pas les personnages, je ne peux pas continuer le livre. Ici, je l'ai pourtant fait. J'avais envie de savoir si la narratrice finirait par être moins effacée, si elle cesserait de magnifier son amie, et jusqu'où Léa irait. L'histoire ne m'a pas vraiment déçue. L'auteur a su la raconter de telle sorte qu'on ne s'ennuie pas, et qu'on veuille savoir la suite. Quant à la fin, elle me convient.

J'ai apprécié que l'auteur évoque l'enfance de ces deux héroïnes de manière colorée et exotique. Elle montre bien que l'enfance est le pays de l'insouciance, des croyances idiotes, des souffrances muettes, de l'amour absolu. Cette partie du récit faite d'un ton joyeux et un peu tapageur, m'a beaucoup plu.
J'ai également apprécié le style de l'auteur qui, tout en nimbant Léa de mystère, la détaille, l'explique, tout cela grâce à des images précises.

Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai pas aimé les deux héroïnes. Surtout Léa. L'auteur veut la montrer charismatique, pour moi, c'est tout le contraire. Léa est égoïste. Elle ne se rappelle son amie que sporadiquement, et souvent, quand cela l'arrange. Son caractère explosif pourrait être un atout si elle s'en servait correctement. Mais non, elle fait des esclandres, et ne sait plus s'arrêter. Il est vrai qu'elle est poussée à bout (au moins deux fois), mais s'il fallait réagir comme elle à chaque fois qu'on est poussé à bout...!
L'admiration béate que lui voue la narratrice est très agaçante. Cela empêche celle-ci de voir certaines choses. Du coup, le lecteur se demandera si Léa est folle ou si c'est juste une grande capricieuse. La narratrice évoque une nuit charnière pendant les treize ans de Léa, nuit au cours de laquelle elle aurait réalisé que la vie n'était pas simplement s'amuser à faire peur aux plus petits que soi ou écouter les longues tirade de son excentrique et truculent beau-père. Elle aurait réalisé que la vie était autrement plus compliquée, qu'on n'y faisait pas toujours ce qu'on voulait. Au vu de ce que raconte Léa, elle aurait plutôt été prise d'un accès de folie...
À lire la suite, je me demande si Léa n'était pas, en fait, bipolaire, ce que la narratrice n'admet pas.
De toute façon, depuis l'enfance, Léa était sournoise, puisqu'elle prenait plaisir (nous le saurons par la suite avec sa réflexion sur le lait chocolaté, par exemple) à exercer son pouvoir sur son amie.

Quant à la narratrice, je lui en ai voulu de conserver ses oeillères, de révérer Léa comme si c'était quelqu'un de vraiment exceptionnel. Je n'ai pas non plus aimé qu'elle soit toujours en retrait. Elle ne semblait être que la transcriptrice des aventures de Léa, le réceptacle de l'histoire de Léa. Cela m'a fait penser à certains narrateurs de livres devenus classiques, comme «Le grand Meaulnes», qui n'ont d'autres fonctions que de raconter leur ami, son rayonnement, sa vie trépidante. Ces narrateurs semblent sans personnalité. J'ai trouvé ce procédé dépassé. En outre, il n'a pas lieu d'être, car Léa ne mérite pas un tel effacement de la part de la narratrice. Léa ne rayonne pas. Elle fait du bruit, fait son intéressante, montre bien qu'elle est là, prend toute la place, envahit le livre... mais ne rayonne pas. Alors que la narratrice, lorsqu'elle nous laisse l'entrevoir, est intéressante. C'est elle que j'aurais aimé découvrir davantage.

La narratrice étant écrivain, on peut se demander si ce roman ne serait pas basé sur des faits réels. Si c'est le cas, je suis désolée: en effet, si Léa existe vraiment, ma critique est plutôt vexante. Si elle n'existe pas, si Marie Nimier a juste utilisé des procédés afin d'ancrer son roman dans la réalité, elle peut se vanter d'avoir réussi un livre mettant en scène un personnage peu aimable, mais d'avoir su accrocher au moins une lectrice par la force de sa plume.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
En général, je râle quand les lecteurs font des accents anglophones. Ici, la lectrice y était obligée pour dire «petits rats», puisqu'il était précisé que John Palmer le disait avec un accent à couper au couteau. Cela m'a d'ailleurs plu, parce qu'elle a trouvé la bonne intonation pour le dire. Cela ne fait pas affecté.

Acheter « Les inséparables » sur Amazon