L'ouvrage:
Los Angeles.
Après plus de vingt ans dans la même entreprise, Brendan a été licencié dans une opération de délestage. Il est maintenant chauffeur pour Uber. Voilà au moins quinze ans que sa femme et lui ne s'entendent plus. Il a la chance d'avoir de tendres relations avec sa fille, Clara.
Un jour, parmi les passagers qui se succèdent dans sa voiture, se trouve Elise. Elle se rend dans une clinique...

Critique:
Après avoir pris le courage de lire «Cinq jours» (je ne pouvais pas en dire du mal sans vérifier ce que m'inspirait la quatrième de couverture) et avoir constaté que, comme je le pensai, il tenait davantage de Danielle Steel (qui m'agace) que de Douglas Kennedy, j'ai commencé à me méfier du romancier. Je suis contente d'avoir donné une chance à «Les hommes ont peur de la lumière», car il m'a plu. L'auteur retrouve son regard acéré sur la société. Brendan commence par nous décrire ses conditions de travail. Malheureusement, elles ne m'ont pas trop étonnée, mais entre les règles de Uber et certains passagers ravis de mettre en pratique leur petite mesure de pouvoir (je pense surtout à la fille qui sortait du spa, et à celle qui faisait les boutiques de luxe) la position de Brendan (et donc de tout chauffeur Uber) est délicate, ce qui met en avant le fait que d'une manière générale, l'humain n'est pas sympathique.

Ensuite, Douglas Kennedy s'attaque à un thème sensible aux États-Unis: l'avortement. Je ne sais pas si les lois de certains états étaient en train de changer pendant qu'il écrivait ce roman, mais l'un de ses personnages évoque cette idée à mots plus que couverts. Cela ne serait pas arrivé en réalité, je pense que je n'aurais pas compris toute la portée du discours de ce personnage, et n'aurais pas compris pourquoi Elise trouvait ce discours équivoque, voire dangereux. Sans entrer dans les détails, je pense que Douglas Kennedy n'exagère pas lorsqu'il décrit le fanatisme (et ce qui en découle) des «provie».

Brendan m'a été sympathique. Au long de ma lecture, je me suis même dit que l'auteur voulait sûrement réhabiliter ce prénom, le Brendan de «La symphonie du hasard» étant (à mes yeux, en tout cas) un détestable personnage. Ici, même si je n'ai pas toujours approuvé Brendan, je l'ai compris. Par exemple, j'ai compris pourquoi il ressentait le besoin de suivre les règles, pourquoi il ne parvenait pas à se rebeller face à une situation injuste...
À travers ses personnages, leur vie, leurs choix, leurs engagements, l'écrivain évoque aussi les relaiions parents / enfants. Malheureusement, je trouve que c'est un peu trop manichéen. Par exemple, la manière dont Agnieszka traite sa fille ne peut être excusée. Brendan tente de dire qu'elle est surtout maladroite, mais le lecteur, à l'instar de Clara, sait que c'est faux. Certes, Agnieszka n'est pas appréciable, d'une manière générale, mais il aurait été intéressant qu'elle le soit par certains côtés. Et si elle l'avait été par certains côtés, j'aurais peut-être dit qu'elle n'était pas crédible. ;-)
C'est un peu la même idée concernant Alison. Mais que ce soit Alison ou Agnieszka, elles sont crédibles. C'est seulement qu'elles sont si peu appréciables qu'il est effrayant que des personnages de ce genre (surtout du style d'Agnieszka) existent.

L'histoire ne soufre pas de temps morts. J'imagine que d'autres lecteurs réagiront comme moi, et souhaiteront que certains éléments aient tourné autrement. Cependant, il n'y a pas d'incohérences, donc ce qui ne m'a pas plu tient seulement du désaccord entre l'auteur et moi. ;-) Certes, on peut dire qu'il y a une chose un peu grosse, parce qu'il est étrange (pour ne pas dire invraisemblable) que Clara l'ait crue, mais après tout, cela se conçoit.

Il y a un fait qui me semble incohérent: celui qui arrive «un an plus tard». Je ne déplore pas ce fait, mais je n'ai pas compris pourquoi il était arrivé. Clara et Brendan tentent de l'expliquer, mais pour moi, cela ne colle pas. Je ne peux en dire davantage à ce sujet pour ne pas trop en dévoiler.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Cognard pour les éditions Lizzie.

C'est le premier livre enregistré par ce comédien que je lis. Son jeu m'a plu. Il se glisse parfaitement dans la peau de Brendan. Il a toujours le ton adéquat, et ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles féminins. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.