Les garçons de l'été

L'ouvrage:
Cet été-là, Thadée et Zachée sont à la Réunion. Ils doivent rentrer en France dans quelques jours. C'est alors qu'en surfant, Thadée est attaqué par un requin, sa jambe droite est arrachée.

Critique:
Ce roman m'a plu. Certes, j'ai été un peu dérangée par certains aspects, mais c'est voulu de la part de l'auteur. En ce sens, elle a réussi son pari: elle a très bien dépeint certaines façons d'agir et de penser qui dérangent, mais qui, malheureusement, font partie de notre société. En gros, elle m'a forcée à regarder la vérité en face. Par exemple, Mylène m'a très vite paru détestable. Engluée dans son auto-suffisance, dans sa préférence (ignorée de personne) pour son fils aîné et dans l'aveuglement qui en découle, elle m'a très vite donné envie de la confronter à la réalité. Quant à Jérôme, il est peut-être un peu moins méprisable, mais disons plutôt qu'il l'est d'une autre manière. Il est plus lucide que Mylène quant à ses deux fils, mais certains de ses actes sont peu reluisants, surtout qu'il se trouve des excuses pour agir comme il le fait. On me dira qu'il n'aurait pas pu faire quelque chose de radical: Mylène ne l'aurait pas laissé faire. Du reste, lui-même ne s'aventure pas à imaginer ce que cela serait. Il évoque une possibilité d'entre-deux, mais sachant que Mylène refuserait, il ne fait rien.
Ces deux personnages m'ont profondément déplu, mais je dois reconnaître qu'on les retrouve dans notre société. Si cela se trouve, il y en a bien plus que ce que je pense... Quelle horrible perspective...!

L'autrice analyse parfaitement d'autres mécanismes de la personnalité, de l'héritage moral que les parents font passer à leurs enfants, etc. Tout cela est très bien fait à travers différents personnages, différentes façons d'être et de penser...

L'intrigue est sans temps morts. La strucTure est de celles que j'appelle «à la Picoult» (parce que je l'ai surtout rencontrée chez Jodi Picoult, c'est presque sa marque de fabrique): chaque chapitre est raconté du point de vue d'un personnage. Ysé, par exemple, n'intervient que sur un chapitre, mais il est long. Il y a une fin, mais j'aurais quand même aimé savoir ce qui arrive ensuite. En fait, je pense que Rebecca Lighieri pourrait écrire une suite sans problèmes. Peut-être faudrait-il qu'elle s'attachât davantage à Ysé et Cindy, tout en reléguant certains personnages au second plan, comme elle a commencé à le faire à la fin du roman. En effet, j'aimerais savoir comment évoluent Ysé, Thadée, Cindy, Jordy... Tel personnage souffre-t-il autant que d'autres et moi le souhaitons?...

Au début du livre, il est indiqué que Rebecca Lighieri est un pseudonyme d'Emmanuelle Bayamack-Tam. Je n'ai lu qu'«Arcadie» et «Les garçons de l'été», mais je me demande pourquoi elle ne publie pas tous ses romans sous le même nom. Après tout, ce sont des «romans sociaux»... J'imagine qu'à l'instar de l'autrice de «L'assassin royal» (et peut-être d'autres, mais je ne parle que de ce que je connais), elle trouve que ses romans sont trop différents pour cela.

Éditeur: POL.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Une fois encore, j'ai apprécié la lecture fluide et le jeu ni trop sobre ni exagéré de la lectrice.

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