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L'ouvrage:
Septembre 1935.
Le soir du mariage de Pierre Catlan, la famille ignore encore qu'un drame se joue. Il obligera certains de ses membres à prendre une route inattendue, à remettre des pans de leur vie en question.

Critique:
Je me méfie un peu des romans du terroir, parce que beaucoup me paraissent un peu mièvres. Ayant aimé les deux autres livres d'Aurore Py, j'ai voulu lire celui-là. Je n'ai pas été déçue. J'ai très vite plongé dans l'histoire de cette famille aimante et soudée, dont les membres ont parfois du mal à communiquer. En fait, je pense surtout à Marie qui, par peur, et n'ayant pas toutes les données en main, n'a pas pu prendre la mesure de la situation dans laquelle elle se trouvait. J'ai compris que par la suite, elle culpabilise, mais aussi en veuille à ceux qui lui avaient caché l'essentiel. Même si la dissimulation n'était pas une mauvaise intention, elle montrait un manque de confiance. D'un autre côté, j'ai compris la peur du personnage qu'un rejet aurait brisé.

J'ai beaucoup apprécié Pierre qui est plus complexe que ce qu'on croit au départ. Si l'esprit de sacrifice dont il fait preuve au début peut être agaçant, la suite révèle que rien n'est aussi simple. Plus tard, j'ai eu l'impression que ce pauvre Pierre n'avait pas vraiment le droit d'être celui qu'il voulait, que chacun le renvoyait vers ce qui le rebutait. Bien sûr, il est normal que sa famille agisse ainsi, mais j'ai été frustrée pour lui, car il se rend compte qu'il s'est trompé de chemin au départ, et qu'il est trop tard pour en changer. Cela fait qu'il est parfois rude envers un personnage...

Je n'ai pas apprécié Louise. Pourtant, elle n'est pas méchante. Elle s'est mariée avec certaines espérances, et a été déçue. Extérieurement, on a l'impression qu'elle veut briser la belle entente familiale, mais elle veut surtout sa place. Elle se rend compte que son mari n'a pas les mêmes rêves qu'elle, ce qui la rend amère et méprisante. Je ne l'ai pas appréciée, mais je tentais, au long de ma lecture, de me mettre à sa place. Que ferais-je si mes espoirs étaient déçus? Si j'avais sans cesse l'impression qu'on me tourne le dos? Si je me sentais incomprise?

Emma m'a un peu agacée, parce qu'à trop vouloir préserver sa liberté, elle paraissait parfois ridicule. Elle était simplement maladroite. Du reste, on comprend qu'elle tienne à ne pas être assujettie. Lorsqu'elle et François exposent certains aspects de la loi, cela fait frémir. Il est judicieux que la romancière rappelle qu'à cette époque, la femme avait si peu de droits. D'autre part, les revendications d'Emma donnent lieu à deux scènes à la fois graves et drôles: celles du contrat de mariage.

Tous ces personnages montrent que rien n'est jamais tranché. C'est là le talent d'Aurore Py, qui fait en sorte que ses protagonistes aient de l'épaisseur, qu'on s'identifie facilement à eux, etc.

J'ai aimé l'ambiance souvent chaleureuse de la ferme. Chacun semble y trouver sa place, être apprécié pour son travail et ses qualités humaines, donner le meilleur de soi-même.

Je n'ai pas aimé la fin. Elle n'est ni bâclée ni incohérente, mais je n'aime pas ce qu'il s'y passe. Heureusement, l'auteur m'a dit qu'elle était en train d'écrire la suite. J'espère qu'elle sortira vite, car après, il faut qu'elle sorte en audio (ce qui n'est pas sûr) pour que je puisse la lire.

Éditeur: Marivole.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Fernande Larsille pour la Ligue Braille.

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