Les filles de l'ouragan

L'ouvrage:
Les familles de Ruth Planque et de Dana Dikerson ne pourraient être plus dissemblables. Pourtant, quelque chose les rapproche: Ruth et Dana sont nées le même jour de juillet 1950. L'événement est remarqué, car les deux familles vivent dans le même village du New Hamshire. En outre, elles ont été conçues pendant un ouragan. Les deux fillettes sont donc soeurs d'anniversaire. C'est Connie, la mère de Ruth, qui va s'efforcer d'entretenir les relations entre les deux familles à cause de cela.

Critique:
J'ai apprécié l'idée de départ, et une partie du roman. J'ai trouvé sympathique que Ruth et Dana (les chapitres alternent les points de vue) content leur vie, et surtout, détaillent les particularité de chacune des familles. Les caractères, les actes, les affinités de chacun sont exposées, analysées... L'auteur explique bien, par exemple, la réticence de Clarisse à faire état de son homosexualité. Même si on désapprouve un peu le personnage, on le comprendra. L'homosexualité n'est pas toujours acceptée en 2013, elle l'était encore moins dans les années 70.

J'ai aimé évoluer parmi ces personnages. Jusqu'au chapitre 28. À partir de la fin de ce chapitre, rien ne va plus. Joyce Maynard a créé une situation qui fait que quelque chose «se cache» dans le passé des deux familles. Mais elle ne veut pas le révéler tout de suite, alors, elle fait de gros appels du pied, semant des indices qu'elle veut subtils, et qui pourraient l'être s'il n'étaient pas si nombreux. En effet, les «correspondances» et les affinités sont trop pointées du doigt, simplifiant certaines choses, ce qui n'a pas été pour me plaire. J'avais déjà quelques doutes, mais la fin du chapitre 28 m'a fait tout comprendre. Du coup, j'ai été exaspérée que Joyce Maynard retarde autant le récit du «secret», usant de grossiers procédés et de situations clichées. Par exemple, en général, dans les romans, une personne mourante veut avouer ce qui pèse sur son coeur depuis des années. Le lecteur s'attendait donc à ce que la mère de Ruth levât le voile sur ce qui arriva, d'autant que cela aurait expliqué son attitude du chapitre 28. En outre, Ruth explique qu'à ce moment-là, sa mère était désinhibée. Eh bien, non, elle ne parle pas de cela, ou par allusions que seul le lecteur comprendra. Ce n'est pas cohérent, mais Joyce Maynard voulait encore faire durer le faux suspense, voire faire croire au lecteur que la révélation ne viendrait jamais. L'auteur retarde aussi la révélation par le récit des vies de Ruth et Dana. Comme j'attendais la résolution de l'énigme (que j'avais déjà devinée), ces récits m'ont paru fades, même si j'ai été touchée par Dana et Clarisse.
Lorsque le récit du «secret» arrive, il est encore retardée par des digressions de Ruth qui tarde à ouvrir la lettre qui lui dira ce qu'elle veut savoir depuis tant d'années.

Si on comprend ce qui poussa Connie à agir comme elle le fit, j'ai été très agacée qu'elle s'y prenne aussi mal! Il aurait mieux valu tout mettre à plat. Oui, mais il n'y aurait pas eu d'histoire, ou elle se serait arrêtée trop vite. Pour moi, l'idée était trop mince pour faire un roman totalement abouti. L'auteur a donc ajouté des situations terribles, auxquelles certains personnages ne comprennent rien mais finissent par se soumettre. Je pense surtout à Ruth. Soit, elle pleure, se révolte, mais mal. Ce qu'elle fait (à la fin du fameux chapitre 28) est très peu crédible, ou du moins, il est peu crédible qu'elle suive sa mère. Puisqu'elle sentait que cela s'abattait sur elle comme une fatalité, elle n'avait qu'à partir seule. Hé oui, mais cela aurait créé une horrible situation très embarrassante que la romancière n'aurait pu dénouer qu'en tuant un personnage. En tout cas, ce que fait Ruth ne va pas vraiment à son caractère. Ensuite, plus tard, on retrouve le cliché suivant: deux personnages sont fâchés, mais l'un est mal en point, donc l'autre va aller à son chevet. Là encore, c'est peu crédible. Je ne dis pas que la situation en elle-même soit insolite, mais ici, c'est bien trop mal amené. J'imaginais plutôt ces personnages se détachant.

Au bout d'un moment, la romancière se décide à donner la clé de l'énigme. Outre que j'avais tout deviné, j'ai trouvé que les personnages avaient fait une montagne d'une situation qui aurait pu être facilement arrangée. Bien sûr, l'écrivain explique comment l'un a refusé d'en entendre parler ainsi que ses réelles motivations, mais il n'est pas vraisemblable que l'autre ait suivi. La romancière l'explique par le fait qu'à cette époque, c'était vraisemblable. Cela ne m'a pas convaincue, connaissant le personnage en question. En outre, il est des situations où on n'aura cure de ce que dit l'autre si on est convaincu d'avoir raison. Encore une fois, il a bien fallu que l'auteur complique le tout avec des justifications peu vraisemblables pour tenter de le faire avaler au lecteur, sinon... pas d'histoire.

J'ai quand même apprécié ce qui est conté au dernier chapitre. Je me doutais que les choses tourneraient comme ça, mais j'ai aimé l'évolution que cette fin montre.

Je n'ai pas vraiment apprécié les personnages, sauf peut-être Dana et Ray. La première ne s'empêtre pas dans des chaînes sacrificielles, ne se complique pas la vie. Le second est charismatique, et malgré ce qu'il subit, il tente de s'en sortir.

Remarque annexe:
Il est amusant que la fraise revienne comme un refrain: elle symbolisera beaucoup de choses pour Ruth, Ray, Edwin, et Dana.

Éditeur: Philippe Rey.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Golaz, Michelle Quellet, et Hervé Detrey pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Le roman est polyphonique. J'approuve l'initiative de la BSR: ils ont décidé de faire enregistrer le livre par trois lecteurs différents, une voix par narrateur. Les éditeurs audio le font, et les bibliothèques sonores le font lorsqu'il s'agit de théâtre et de correspondance. Il me semble que c'est la première fois qu'une bibliothèque sonore le fait pour un roman. Je trouve cela très bien, car cela permet de mieux imaginer les personnages. En outre, quand on apprécie les lecteurs, il est sympathique de les entendre se relayer. Bien sûr, avec ce système, on a davantage de chances qu'un lecteur qu'on n'apprécie pas fasse l'une des voix, mais cela aurait aussi pu être lui ou elle qui se serait chargé de la totalité de l'enregistrement si le texte avait été lu à une voix. Je sais aussi que s'il y a beaucoup de narrateurs, l'enregistrement polyphonique risque d'être moins aisé à réaliser, les lecteurs n'enregistrant pas ensemble, la plupart du temps. Chacun doit faire sa partie, chacun doit donc avoir le livre. Ou bien, il doit faire la navette. Lorsqu'il y a peu de narrateurs, cela n'est pas vraiment dérangeant, mais il est évident que cette polyphonie n'aurait pu être respectée dans un roman comme «Choc des civilisation pour un ascenseur piazza Vittorio», par exemple.

J'apprécie ces trois lecteurs, surtout Hervé Detrey qui a une lecture très fluide et naturelle.
Françoise Golaz a une lecture plutôt sobre. Heureusement, elle n'est pas monotone. Sa voix est feutrée.
Michelle Quellet a une voix très agréable, très nette. J'ai souvent l'impression qu'elle cherche son ton. Cela me gêne un peu, c'est pourquoi j'ai lu peu d'ouvrages enregistrés par elle. Cependant, elle ne fait pas partie des lecteurs que je n'apprécie pas du tout.
Je regrette que les lectrices aient prononcé Ray en faisant le «r» anglophone. Par contre, je leur sais gré d'avoir prononcé Ruth de manière simple. Beaucoup de lecteurs le prononce à l'anglaise (ou ce qu'ils croient être à l'anglaise), ou à l'allemande.

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