Le Brasier de Justice

L'ouvrage:
Mortagne, août 1305.
Hardouin Cadet-Venelle est le bourreau de la petite ville. Il doit à présent exécuter Marie de Salvin. La jeune femme avait accusé un ami de son mari de viol. Or, le jugement de Dieu (sous la forme d'un duel judiciaire), l'a désignée coupable de mensonge. Elle doit donc être brûlée vive. Jusqu'à la fin, elle clamera son innocence. Cela marquera Hardouin, et le poussera à vouloir que justice soit vraiment rendue, mais pas seulement dans l'affaire Marie de Salvin.

Critique:
Andréa H. Japp plonge parfaitement son lecteur dans l'époque qu'elle décrit. Elle sait planter un décor, rendre une ambiance. Elle s'attarde sur les lieux, les coutumes, les façons de faire, le quotidien du peuple, mais aussi des puissants. Elle articule habilement ses intrigues autour de complots de cour et de la justice des hommes. Histoire et contexte historique s'imbriquent à merveille pour former un écheveau propre à ensorceler le lecteur.

J'ai redécouvert comment on rendait la justice, à cette époque. On croyait fermement en le jugement de Dieu, même si, au départ, il était évident que la façon de procéder n'était pas équitable.
De la même façon, quelqu'un qui tue en légitime défense recevait le même châtiment que celui qui a tué une personne innocente et sans défense.

J'ai également redécouvert (j'en avais une vague idée à travers d'autres lectures), à quel point la condition d'un bourreau était inéluctable et pesante. C'est presque un état de paria. On a besoin de quelqu'un pour les basses besognes, mais on ne s'abaissera pas à le considérer... C'est un point de vue un peu hypocrite.
Heureusement (dans le roman, en tout cas), certains dépassent ce préjugé.
Hardouin sera, bien sûr, sympathique au lecteur. Il se résigne à son sort, mais ce qui arrive au début du roman le force à se battre pour une certaine justice. S'il fait ce qu'il a à faire, sa tâche ne l'a pas rendu insensible. J'ai apprécié, par exemple, la commisération dont il fait preuve au chapitre 26.

N'oublions pas la langue dans laquelle est écrite ce roman. Pour la deuxième fois, je me suis délectée du style d'Andréa H. Japp. Outre un vocabulaire recherché, elle emploie des tournures qui contribuent à l'immersion dans le contexte historique. Ce qui veut dire qu'elles sont parfois familières.

Si l'intrigue est classique, l'auteur a su ne pas la rendre ennuyeuse. D'abord, le contexte historique fait qu'on en apprend ou réapprend sur l'époque. Ensuite, la romancière entremêle plusieurs intrigues. On se doute bien qu'elles se rejoindront, mais on ne peut prévoir comment.
D'autre part, l'auteur ne s'amuse pas à disperser de faux indices pour essayer de berner le lecteur. Elle le laisse se forger son opinion. S'il se fourvoie (comme moi au sujet d'une affaire), elle a réussi son pari, mais elle n'en fait pas trop.

Si on peut penser que les livres de cette série pourront se lire indépendamment, quelque chose qui arrive presque à la fin de ce volume laisse tout de même entrevoir un lien qu'il vaut mieux connaître en commençant par le tome 1. Je verrai si l'auteur exploite la dernière découverte d'Hardouin dans la suite. Je l'espère, car il serait illogique qu'elle ne le fît pas.

Le seul reproche que je ferai concerne la surabondance des notes! Si j'ai trouvé la plupart appropriées et instructives, je pense que certaines sont inutiles. Il y en a qui expliquent quelque chose qui est indiqué juste après, au cours du récit. D'autres donnent la définition de mots qu'on peut trouver en cherchant dans le dictionnaire. Étant donné que le roman regorge de notes, il me semble que l'auteur aurait pu se passer de celles qui illustrent les exemples que je donne. Je ne suis pas pour l'absence de notes, car j'aime en apprendre toujours davantage. Je ne suis pas non plus pour un glossaire en début ou en fin d'ouvrage, car si on veut connaître ce qui se rapporte à un mot dès sa première occurrence, retourner au glossaire est plus fastidieux que de lire la note.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari. Ce livre m'a été offert par les éditions Flammarion par l'intermédiaire de l'agence de communication Gilles Paris.

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