Les enfants sont une bénédiction

L'ouvrage:
Nigeria.
Nnu Ego est la fille aimée d'un chef de village. Elle a fait un mariage d'amour. Cependant, elle reste inféconde. Son mari épouse une autre femme qui lui donne très vite un fils.
Nnu Ego finira par trouver un mari, à Lagos. Il s'agit de Naïf. La jeune femme aura des enfants.

Critique:
Buchi Emecheta s'attache d'abord à décrire la diversité des cultures au sein d'un même pays. Nnu Ego est d'abord déroutée du métier de son second époux, puis d'autres coutumes qui ne sont pas celles de son village. Elle doit s'adapter, et ne comprend pas toujours pourquoi. Par exemple, elle trouve dégradant que Naïf s'abaisse à travailler pour «l'homme blanc». Elle est pourtant bien forcée de reconnaître que cela l'aide à vivre.

C'est également un monde en mouvement que dépeint l'auteur. Les choses bougent, certains enfants de notre héroïne savent qu'ils s'en sortiront par les études, et leur ambition les fait agir de manière que leur père ne comprend pas. Nnu Ego en souffre, mais elle sait que les enfants agissent pour leur propre bien, et ne leur en veut pas de cette espèce d'individualisme. Pourtant, ils ne sont pas ingrats. C'est seulement qu'ils ne peuvent pas aider leurs parents financièrement tout en payant leurs études.
Les filles aussi, à leur manière, veulent échapper au joug paternel et au destin qui leur est tracé, car elles souhaitent que leurs maris leur plaisent.

Dans ce monde qui change, il n'y a plus de place pour les superstitions qui régissait la vie des ancêtres. Ainsi, l'aîné des enfants ne croit-il pas qu'il doit tenter de discuter avec son tchi (l'âme de celui ou celle qui décide de son destin), pour s'en sortir. Là encore, c'est une façon de renier ce que ses parents lui ont appris, donné. Cependant, c'est nécessaire à une évolution positive.

L'héroïne a du caractère, Se braque parfois sur certaines choses. Cependant, on retiendra surtout son courage et son abnégation. C'est elle qui porta son foyer à bout de bras. Elle sut également comprendre chacun de ses enfants, et les fit toujours passer avant elle. J'aime bien la leçon de sagesse qu'elle tire de sa vie. Cela montre également une évolution de sa part. Et finalement, par-delà la mort, elle en fait profiter les inconséquentes.
C'est un beau portrait de femme.
Sa vie illustre toute l'ironie que peut avoir le titre. En effet, il peut se comprendre de deux façons différentes.

Les protagonistes du roman sont confrontés à la seconde guerre mondiale. Elle est si loin d'eux géographiquement, mais aussi moralement, qu'elle est abstraite pour eux. Ils comprennent confusément qu'ils sont utilisés par les colons, mais n'ont pas la force de s'en révolter. D'autant qu'on leur donne une compensation financière, laquelle est la bienvenue.

Le premier chapitre montre Nnu Ego à un moment clé de sa vie, puis à partir du deuxième (qui se passe avant sa naissance), le récit est linéaire. J'ai trouvé le premier chapitre inutile, mais il ne m'a pas gênée. En effet, il peut avoir un certain intérêt, car le lecteur peut s'amuser à essayer de le replacer dans son contexte pendant les premiers chapitres.
J'ai bien aimé le récit de la vie des parents de Nnu Ego. De par le style adopté par l'auteur et la culture qu'elle y décrit, cela m'a fait penser à un récit légendaire, un «conte réaliste».

Éditeur Gaïa.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Outre que le roman est bien interprété, j'approuve le parti qu'a pris la lectrice quant aux noms africains. Elle n'a pas tenté de les compliquer. Par exemple, je ne sais pas pourquoi, mais quand il y a un «u» dans un prénom étranger (surtout africain), beaucoup de lecteurs disent «ou» Ici, Martine Moinat a prononcé les noms comme ils s'écrivaient, sans vouloir les compliquer de fioritures inutiles et désagréables.

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