Les enfants de Venise

L'ouvrage:
Rome, 1515. Mercurio, Zolfo, et Benedetta sont de jeunes orphelins. Ils vivent de vols et d'escroqueries. Un jour, l'un de leurs coups tourne mal: Mercurio tue un marchand qui voulait récupérer son bien. La petite bande décide alors de fuir à Venise.

Critique:
L'une des qualités de ce roman est la précision du contexte historique. En lisant Luca di Fulvio, on est tout de suite plongé dans un pays, à une époque. Il nous rappelle, par exemple, comment étaient évacuées les ordures. Certains ne voyaient pas l'importance de l'hygiène, d'autres n'en avaient pas les moyens.
Je ne savais pas qu'à cette époque, l'antisémitisme sévissait à ce point. Ici, il est exacerbé par un moine fou qui excite la foule. Celle-ci est personnifiée, et toute sa versatilité est bien montrée au long du roman. Mais les juifs ne sont pas les seuls à être victimes d'ostracisme. On isole tous ceux qui sont différents. L'auteur montre toute la bêtise de l'homme lorsque la communauté juive (par l'intermédiaire de son chef) fait la leçon à Isacco parce qu'il soigne des prostituées. Rejetée, la communauté applique la même chose à une autre partie de la société. Malheureusement, ce comportement se retrouve toujours et partout.

J'ai préféré certains personnages secondaires (Anna, Donnola, Lanzafame, Isacco) aux principaux, notamment Giuditta et Mercurio qui m'ont souvent fait soupirer. D'abord, même s'il n'est pas trop mal amené, je n'ai pas aimé le coup de foudre. Au début, il était sympathique: les amoureux se demandaient ce qui leur arrivait, pensaient l'un à l'autre, etc. Cependant, lorsque certaines choses se concrétisent (à ce sujet, il aurait été plus crédible qu'ils se parlent pendant des heures avant de se sauter dessus, en tout cas, au début de leurs rencontres clandestines), j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. Par la suite, on retrouve cette exagération dans le comportement des amoureux. Cela les rend niais. Ils vont jusqu'au paroxysme du désespoir, oublient tous ceux qui les entourent, ne pensent qu'à eux et à leur incommensurable peine... Leur attitude l'un envers l'autre et leur comportement vis-à-vis des autres à cause de leur amour m'ont agacée. Pour moi, c'est la fausse note du roman. Bien sûr, le caractère emporté de Mercurio et le fait qu'il ait dû apprendre très tôt à se débrouiller expliquent qu'il agisse parfois mal sous le coup de la colère, qu'il perde le contrôle, etc. Cela ne l'a pas vraiment excusé à mes yeux. C'est dommage, parce qu'autrement, ces deux personnages sont sympathiques.

Certains fraient avec la pègre, ce qui confronte le lecteur aux batailles de territoires. Ici, Scarabello règne en maître sur un secteur, et n'entend pas se laisser détrôner. Ce parasite sans pitié suscitera des sentiments contradictoires: répugnance, colère, compassion.

Benedetta n'est pas toujours crédible. Elle aussi a eu une enfance malmenée, et on peut comprendre qu'elle se laisse dominer par des sentiments négatifs. Voilà pourquoi j'ai eu du mal à accepter sa manière d'être à la fin. Je n'ai pas trouvé ça très vraisemblable... Dans le roman, il y a d'autres éléments du genre: des «méchants» qui, lorsqu'ils sont en mauvaise posture, sont aidés par les «gentils» qu'ils foulèrent au pied... Si je comprends qu'on puisse pardonner, j'ai trouvé que certains personnages le faisaient un peu trop facilement... ce qui rend encore plus étrange le fait qu'ils ne le fassent pas plus vite concernant un autre personnage.

Le capitaine et le docteur m'ont plu. Ils sont loin d'être parfaits, mais ne se perdent pas en simagrées, comme d'autres. Leur souffrance semble plus tangible, plus réelle que celle des amoureux, par exemple. Ils s'en débrouillent mieux, et ont davantage éveillé ma compassion. En outre, leur complicité engendre des situations, et surtout, des répliques cocasses. En effet, Luca di Fulvio n'oublie pas de parsemer son roman de doses d'humour qui arrivent à point nommé.

Zolfo est plus complexe que ce dont il a l'air au départ. Il est perdu, se raccroche à ce qu'il peut... Sa douleur et sa peur d'affronter une situation effrayante l'empêchent de réfléchir. On découvrira, par la suite, qu'il n'est pas aussi faible et aveuglé qu'il en a l'air.

Je ne terminerai pas cette chronique sans évoquer un personnage haut en couleur qui tranche particulièrement avec la foule des soi-disant bien-pensants de par son métier et ses manières expéditives: la Cardinale. Son surnom est déjà tout un programme. Elle fait partie des notes d'humour du roman, et s'insère très bien dans son ambiance.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé Isabelle Miller. Ici, elle n'avait pas la partie facile. Il y a d'abord une galerie de personnages. J'ai été ravie que la comédienne ne tente pas trop de modifier sa voix pour certains. Elle le fait un peu, mais de manière naturelle et subtile. Je n'ai pas compris pourquoi elle donnait un petit accent à Ottavia, mais comme il était très peu marqué, cela ne m'a pas dérangée.
Ensuite, ces personnages éprouvent souvent de très fortes émotions. Là encore, la comédienne a su doser son jeu. Elle a exprimé ces émotions sans tomber dans l'excès.

L'autre difficulté était les noms propres italiens. Je n'aurais pas été gênée par une prononciation totalement à la française, mais j'imagine ce que ça aurait donné pour des noms comme Lanzafame, et je pense que pour des gens normaux, cela serait mal passé. Pour la plupart des noms, Isabelle Miller a trouvé un entre-deux qui, je pense, conviendra à tout le monde. Je trouve dommage qu'elle ait un peu forcé l'accent sur Donnola et parfois sur d'autres, mais je sais que déterminer la prononciation des noms propres n'a pas dû être simple. Pour moi, Isabelle Miller est une très bonne comédienne, et je suis contente qu'elle ait également enregistré «Le gang des rêves» (autre livre de Luca di Fulvio) que je lirai. J'imagine que concernant ce roman, le casse-tête de la prononciation des noms propres a dû être pire que pour «Les enfants de Venise», sachant que le héros s'appelle Christmas...

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée: une piste est égale à deux ou trois chapitres. Il y a 34 pistes pour 92 chapitres.

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