Les désarrois de Ned Allen

L'ouvrage:
Ned Allen est directeur des ventes pour le magazine Compuworld, le troisième journal informatique de New York. Il est marié à Lizzie. Il gagne bien sa vie, mais vit un peu au-dessus de ses moyens.
C'est alors qu'une compagnie allemande rachète Compuworld. On assure aux employés que personne ne sera licencié. Mais certaines choses se précipitent.

Critique:
Douglas Kennedy m'a rarement déçue. Ce n'est arrivé que deux fois. En ce qui concerne ce roman, j'ai été ravie de me laisser emporter par l'histoire, les personnages et le style. L'auteur a parfaitement planté un décor, forgé une intrigue solide, et des personnages épais.

Comme dans beaucoup de ses romans, l'écrivain fait ici une critique acide de la société de son pays. Ici, il s'attaque plus particulièrement au monde des grandes entreprises brassant des millions. La façon dont certaines choses montent à la tête de certains est très bien exprimée. L'auteur montre plusieurs déviances dues aux deux moteurs de ce monde survolté: l'argent et le pouvoir. Au travers de plusieurs personnages, on redécouvre (car tout cela n'est pas si surprenant, au fond) les ravages que cela peut causer. Les personnes n'ont plus de limites, plus de scrupules. Le lecteur ne pourra s'empêcher de penser que certains personnages ont bien mérité ce qui leur arrive, tout en gardant un malaise dû aux faits qu'il finit par approuver des choses peu orthodoxes, et que tout est très réaliste.

Le livre est structuré de manière assez classique, quand on connaît l'auteur. Cela ne m'a pas gênée, car rien ne m'a déplu. Je n'ai trouvé aucune longueur. J'ai suivi les péripéties de Ned avec un grand intérêt. Ce roman social mâtiné d'intrigue policière est, pour moi, très réussi.
Même si je me doutais de certaines choses, je n'ai pas pu prévoir leur ampleur. Par exemple, je trouvais une chose louche, mais je ne pensais pas que cela irait aussi loin. En outre, je pressentais quel genre de fin avait concocté l'auteur, mais je n'arrivais pas à comprendre comment il allait y arriver.

Une autre force du roman est le personnage de Ned. C'est un gentil. Oui, mais un gentil qui fait taire ses scrupules au moment où on lui propose de trahir un ami. Certes, la trahison aurait pu passer inaperçu, mais Ned était prêt à supporter le poids de sa conscience.
Il semble être doté de bon sens, et pourtant, je me suis plusieurs fois surprise à le traiter de benêt. Son impulsivité et son complexe du garçon pauvre lui font souvent faire n'importe quoi. Il évolue, au cours du roman. Ses épreuves le grandissent. Heureusement, l'auteur ne le fait pas changer du tout au tout. D'ailleurs, rien ne dit qu'il ne refera pas de mauvais choix, mais son expérience le rend plus réfléchi.

J'ai bien aimé les moments où Ned téléphonait à Phil en lui disant qu'il était dans une panade impossible, mais qu'il ne pouvait pas s'expliquer. C'était des moments à la fois tendus et drôles. C'est le même schéma lorsque Phil et Viny viennent déjouer les plans de monsieur Organisation.

J'aime bien Lizzie parce que j'ai compris chacun de ses actes. Je pense que j'aurais réagi comme elle en tous points (sauf à l'annonce d'une grossesse, bien sûr). Au milieu de cette société de consommation qui s'emballe, au coeur de ce monde artificiel bâti de fausses amitiés, Lizzie est une bouffée d'air pur. Elle gravite, elle aussi, dans ce monde, même si elle y est moins embourbée que Ned, et pourtant, elle garde les pieds sur Terre. En outre, elle aspire à une relation basée sur la confiance et le respect.

Remarque annexe:
La femme de Ned s'appelle Lizzie. D'après mes souvenirs, il y a une Lizzie dans «Les charmes discrets de la vie conjugale», et une Beth dans «L'homme qui voulait vivre sa vie». L'auteur a-t-il une prédilection pour le prénom Elizabeth?

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Pour ceux qu'une version audio intéresse, il en existe une enregistrée pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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