Les chemins de garance

L'ouvrage:
La famille Vidal cultive la garance. Augustin, l'aïeul de la famille, ne cesse de harceler Camille, sa petite-fille, la traitant de bâtarde, sans que celle-ci puisse comprendre pourquoi. La jeune fille sait seulement que sa mère, Angeline, est partie après sa naissance. Quant à son père, ce qu'elle sait est encore plus flou.
Camille voue un culte à la culture de la garance, et compte bien reprendre le flambeau. Elle grandit sous l'égide de Nine, la servante qui était dévouée à Angeline.

En 1829, l'été de ses dix-sept ans, Camille rencontre Félix Missonnier, fils d'un ingénieur. Les deux jeunes gens tombent vite amoureux l'un de l'autre, et doivent affronter la désapprobation de leurs familles, surtout de celle de Félix qui pense que ce serait une mésalliance.

Critique:
C'est le troisième livre de Françoise Bourdon que je lis. Ayant été très déçue par «Les tisserands de la Licorne», j'avais très peur que ce livre ne soit pas bien. Je l'ai emprunté pour donner une autre chance à la romancière, et aussi parce qu'il était lu par Anne-Marie Scaramuzzi.

Bien sûr, il y a certains thèmes récurrents qui deviennent clichés: les deux jeunes gens dont l'amour est contrarié par des familles qui désapprouvent pour de mauvaises raisons. Ce thème devient lassant, à la longue.
Le thème de la famille exploitant quelque chose (ici, la garance), est également récurrent.
Comme dans beaucoup de romans de ce genre, on a affaire à de lourds secrets de famille. Parfois, lorsque le lecteur apprend lesdits secrets, il hausse les épaules, et soupire de lassitude. Pourquoi faire tout un plat de secrets si dérisoires?, pense-t-il. Ici, ce n'est pas le cas. On peut seulement reprocher à Françoise Bourdon de faire traîner les choses avant que Camille n'apprenne la vérité.

La façon dont Nine et monsieur Etienne se débarrassent du problème qu'est Lucien est un peu facile. Je veux dire que la romancière aurait pu trouver autre chose d'un peu moins gros, et, pour une fois, d'un peu plus conventionnel.

Dans ce roman, Françoise Bourdon plante bien le décor. Apparemment, elle sait planter un décor, car je lui avais déjà fait ce compliment dans «Les tisserands de la Licorne». Ici, le lecteur est immergé dans l'histoire, dans l'époque. Il se documente sur la culture de la garance tout en se divertissant.

Pour en revenir au thème de l'amour contrarié, dans ce roman, Françoise Bourdon a su modifier ses ficelles, ce qui fait qu'on sort des sentiers battus. En général, le lecteur tient à ce que les deux jeunes gens qui s'aiment depuis le début se réunissent, d'autant plus que la pauvre jeune fille est contrainte d'épouser un être rustre qui la bat, ou qui ne peut pas aligner trois idées. Quant au jeune homme, il se console dans les bras d'une femme qui lui apprend tout ce qu'il y a à savoir sur les choses de l'amour physique. Eh bien, ici, ce n'est absolument pas le cas! C'est rafraîchissant. On n'a pas à attendre, à se traîner péniblement jusqu'à ce que les deux héros se retrouvent. Sans vouloir trop en dévoiler, je préfère la façon dont ont tourné les choses, surtout pour Camille, car la romancière nous montre bien que celui que choisit la jeune fille est bien mieux pour elle, tant au niveau de la personnalité que de la force de caractère. Donc, contrairement à certains autres romans, on n'a pas une héroïne qui se résigne à épouser un homme qu'elle n'aime pas pendant que son coeur bat pour un autre.

En outre, les personnages évoluent au cours du roman. L'un d'eux passe énormément de temps à se lamenter, et se remet en question bien tard, mais il le fait quand même.
Globalement, les personnages ne sont pas trop caricaturaux, sauf peut-être Marguerite qui est absolument détestable.

Ce livre est avant tout un divertissement, un livre de vacances, tout en étant une lecture facile (on n'a pas à réfléchir, on doit seulement se laisser porter par l'histoire). Même si on retrouve des clichés, et que quelques lecteurs (comme moi) en ont assez, certains de ces clichés sont détruits pour le plus grand bonheur de ceux qui ne les aiment pas.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Comme d'habitude, Anne-Marie Scaramuzzi a su mettre le ton qu'il fallait sans surjouer. J'admire toujours autant cette capacité chez elle. Surtout, qu'elle ne change rien à sa façon de lire, c'est parfait!

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