Les brumes de San Francisco

L'ouvrage:
Les années 1840.
Catherine est jeune, mais elle sait ce qu'elle veut. Elle refuse absolument d'épouser celui que son père lui destine. Elle désire épouser Eugène Tourneur, un journaliste. Elle décide de fuir la France avec lui. Des rêves plein la tête, ils embarquent pour l'Amérique, immense pays regorgeant de terres encore inexplorées, et, pensent-ils, de possibilités innombrables de faire fortune.
Ils se marient. Bientôt, Catherine donne naissance à un enfant, Thomas. Mais San Francisco, ville où ils sont établis, n'est pas uniquement le pays de Cocagne auquel ils s'attendaient.

Critique:
À défaut de m'avoir vraiment plu, on peut reconnaître une qualité indéniable à ce roman, qualité que je recherche, et ne trouve pas assez souvent dans mes nombreuses lectures: il est réaliste. Catherine ne tombe pas amoureuse du premier gentil garçon venu, comme c'est trop souvent le cas, dans les romans.
Par ailleurs, les personnages agissent selon leurs convictions, leur coeur, se basent sur leur passé pour construire leur futur. Tout cela fait qu'ils sont épais et construits. Bien sûr, certains, comme Catherine, nous semblent implacables, aveuglés par la haine, mais elle n'est pas du tout caricaturale, son personnage est crédible.
Lorsqu'on finit par apprendre la vérité sur ce qui est arrivé à Eugène et à Thomas, l'auteur accomplit le tour de force de nous faire ressentir de la pitié pour celui qui commit ces actes barbares. Cela prouve encore une fois que le contexte, les circonstances, et surtout (comme je ne cesse de le répéter dans beaucoup de situations), le facteur humain sont les plus importants. Mais on comprend aussi la détermination de Catherine qui a passé son existence à essayer de survivre, et dont la haine était la seule raison d'être.

L'aspect qui m'a le plus dérangée ravira, j'en suis sûre, certains lecteurs. En fait, sur environ 60 ans, Paul Couturiau nous dépeint l'évolution de la ville. Son roman est tellement émaillé de faits divers et de descriptions, que cela en ferait presque un documentaire historique. Tous ces détails sur l'expansion et les événements de la ville sont captivants, surtout que l'Amérique en était à ses débuts en tant que pays "civilisé", mais je me suis trouvée noyée sous un flot de détails. Voilà pourquoi je pense que ce qui m'a rebutée en enchantera d'autres, car j'ai conscience que l'auteur s'est documenté, et a construit son livre avec une minutie rare. Il y a un contraste fascinant entre les endroits encore "sauvages" où les expéditions se perdent, et cette ville en plein essor où les tremblements de terre se déchaînent, où on n'hésite pas à commettre des atrocités, et où tout se développe. On ressent très bien le choc entre la "civilisation" et la "nature".

C'est l'une des rares fois où un livre n'a pas su me toucher, mais où je reconnais que c'est un bon ouvrage, ouvrage que je recommande, en fin de compte! ;-)

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.

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