Les brumes de l'apparence

L'ouvrage:
Gabrielle mène une vie agréable entre son mari (Stan), son fils (Nicolas), et son travail. Un jour, elle hérite d'un terrain situé dans un petit village de campagne. Elle souhaite le vendre. Cependant, certaines choses vont la faire réfléchir.

Critique:
Après avoir bien aimé «La vie d'une autre» et avoir détesté «La none et le brigand» (je ne l'ai pas chroniqué, car fini en diagonale), avoir préféré faire l'impasse sur «La grand-mère de jade», je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec ce roman. Mon sentiment est mitigé.

Il me semble avoir compris ce que souhaitait la romancière: que les gens se montrent plus ouverts, plus tolérants, acceptent ce qu'ils ne peuvent pas toujours expliquer. Pour moi, elle ne parle pas seulement d'accepter qu'il puisse y avoir quelque chose après la mort, mais aussi d'être ouvert dans la vie quotidienne, de ne pas agresser ses semblables, etc. Je partage son opinion. Les choses seraient plus simples et plus sereines si elles se faisaient dans la bonne humeur et l'écoute de chacun.

Je suis de ceux qui, malgré un esprit très rationnel, ne ferment pas la porte à ce qui ne peut pas s'expliquer. Je pense que certaines personnes peuvent effectivement avoir des signes de l'au-delà, ou prévoir certains événements, ou avoir des intuitions quant à ceux qu'ils côtoient. Cependant, il m'a semblé que Frédérique Deghelt en faisait trop. Elle dit qu'il ne faut pas tomber dans les clichés inventés par les livres ou films d'épouvante, mais elle le fait. Le passage du «désenvoûtement» ressemble à un exorcisme. En outre, le fait que Gabrielle sente une odeur fleurie à chaque fois qu'elle doit communiquer avec l'au-delà est également une sorte de topos du genre. Bien sûr, cette odeur signale la présence de quelqu'un qui aide l'héroïne, mais pourquoi ne pourrait-elle pas, tout simplement, voir la personne?

D'autre part, la romancière insiste: lorsqu'on guérit ou qu'on accompagne vers la mort, on est submergé d'amour, et surtout, lorsqu'on veut chasser un esprit maléfique, il faut lui envoyer des tonnes d'amour, ne penser qu'à de l'amour, c'est ce qui le contrera le mieux. C'est une idée qui me paraît également très clichée et que j'aurais comprise dans un roman Harlequin.

Notre héroïne n'exerce pleinement son don qu'au moment où elle accepte qu'elle l'a. C'est logique: elle est plus réceptive. Ensuite, l'auteur montre l'éventail des réactions de son entourage. Je trouve celle de son mari assez excessive. Elle est préparée, car Gabrielle est sûre qu'il ne la croira pas, mais il me semble que Frédérique Deghelt pousse les choses un peu loin. Comment Gabrielle a-t-elle pu rester si longtemps avec quelqu'un de si étroit d'esprit? Elle explique cela par le fait qu'après avoir pris pleinement conscience de son don, elle se penche sur sa vie, l'examine, en comprend les failles. Il est logique de changer après un événement important, mais j'ai du mal à croire que l'héroïne ait été à ce point aveugle quant à son mari...

À un moment, Francesca explique qu'elle préfère croire qu'il y a quelque chose après la mort, et que si elle découvre qu'elle a raison, c'est tant mieux. Je préfère penser qu'il n'y a rien, et que si j'ai tort, c'est tant mieux. En effet, il vaut mieux se rendre compte qu'on a tort alors que ce qu'on pensait était négatif plutôt que l'inverse.

Je suis assez d'accord avec ce que l'auteur dit de la religion qui prône des croyances balisées, des façons de penser desquelles on ne peut pas sortir.

J'ai été déçue de ne pas obtenir certaines réponses, à la fin. En outre, j'ai trouvé la toute fin trop convenue.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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