Léonie

L'ouvrage:
Voilà six ans (moins un jour) que Raymond a kidnappé Léonie à la sortie d'une soirée. La jeune fille avait dix-neuf ans. Ce matin-là, alors qu'elle vient de commencer à petit-déjeuner, Raymond a une crise cardiaque. Il lui demande d'appeler les secours, mais elle n'en fait rien. Il ne tarde pas à mourir. La jeune fille exulte: la voilà libre! Seulement, après presque six ans de séquestration et de bourrage de crâne, elle se rend compte qu'il lui est impossible de quitter cette maison...

Critique:
Après avoir beaucoup aimé les deux précédents romans de Marlène Charine, j'ai bondi sur «Léonie» en le voyant parmi les nouveautés de la Bibliothèque Sonore Romande. L'autrice ne m'a pas déçue. J'ai d'abord apprécié ne pas savoir où elle irait. En effet, une fois la situation posée, je n'arrivais pas à savoir quelle direction prendraient les choses. De plus, je ne voyais pas le rapport entre Léonie et Loïc, outre le fait qu'il avait, au début, enquêté sur la disparition de la jeune fille. Je me suis donc contentée de me laisser porter par l'histoire et la psychologie des personnages. La romancière s'y entend pour faire s'enchaîner les événements sans heurts ni incohérences... ou presque.

Tout en me demandant comment j'aurais agi à la place de Léonie, je me suis attachée à elle, et l'ai trouvée forte, voire admirable, malgré les dérapages occasionnés par son traumatisme. Après ce qu'elle a vécu, elle ne s'en sort pas trop mal. Si elle a pu me faire peur à un moment, je comprenais pourquoi elle voulait «mal agir». C'est ce qu'elle fait au moment où elle est devant ses potentielles victimes qui montre sa force, son bon jugement, et son intelligence. Accessoirement, la jeune femme parvient à réagir avec humour à certaines situations un peu délicates, notamment lorsque de petites choses lui rappellent Raymond. Je ne pense pas qu'à sa place, j'aurais eu sa force de caractère...

À travers Léonie, Loïc, et d'autres, l'écrivain analyse les différentes manières de réagir après un traumatisme. Elle montre aussi que le traumatisme peut être le fait de se sentir coupable: voir Nella.

J'ai trouvé certains éléments un peu trop manichéens concernant Diane et Jonas. Je ne partage pas l'avis de Loïc à 100% à leur sujet, mais je comprends ce qu'il ressent.
Il y a d'ailleurs une incohérence mettant en scène Diane et Jonas. Je parle de ce qui arrive avec Swan. Je n'en dirai pas plus, ceux qui ont lu le livre comprendront.

Comme dans ses autres romans, Marlène Charine alterne le présent et le passé, et comme d'habitude, je vais dire que, même si je n'aime pas ce procédé, je comprends pourquoi il est utilisé ici, et que je reconnais qu'il était plus intéressant qu'une structure totalement linéaire. D'ailleurs, l'autrice n'en use pas dans tout le roman, ce dont je lui sais gré.

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Karine Gremaud Mettraux fait partie des lecteurs qu'il me plaît de retrouver. Son interprétation ne m'a pas déçue. Sa lecture reste sans affectation ni excès de sobriété.

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