Le voyage de Lou

L'ouvrage:
Louise Connor (Lou) est australienne. Elle a seize ans. Elle évolue dans une famille pauvre: ses parents sont souvent au chômage, ses soeurs se droguent et cambriolent des maisons, etc.
Cette été-là, Lou, des rêves plein la tête, s'envole vers les États-Unis. Elle a obtenu une bourse: elle fait partie d'un programme d'échange. Elle va passer une année à Chicago, chez les Harding. À long terme, son but est de rester aux États-Unis, de sortir du bourbier familial.

Critique:
Le livre est captivant. On suit avec intérêt la jeune Lou qui découvre une autre vie. Elle croit que dans une famille plus évoluée que la sienne, elle aura sa place, elle pourra être elle-même... C'est là qu'elle se trompe. Si sa famille est régie par l'ignorance et la violence, la famille dans laquelle elle arrive, et les personnes qu'elle découvre outre les Harding, ne sont qu'hypocrisie et poudre aux yeux. Certaines choses sont assez marquantes quant à cela: par exemple, la scène où Lou aimerait s'interposer entre un enfant et sa mère qui le frappe. Il y a aussi les remarques de Lou quant aux fréquentations de Bridget, etc.
Margaret est un personnage assez affreux, car elle est persuadée qu'elle est ouverte et à l'écoute. Et pourtant, dès qu'on lui propose d'autres façons de penser et d'agir, la voilà qui s'affole et ne sait plus quoi faire. Et en général, quand elle ne sait pas quoi faire, elle se met en colère, et se referme encore plus.
Henry est plus nuancé, mais il n'est pas dans la tête de Lou, et s'il pressent certaines choses, il ne peut en être sûr.
Quant aux enfants, ils ne sont pas très sympathiques au lecteur. James se dit amoureux de Lou, mais n'est-il pas amoureux du mystère dont elle est obligée de s'entourer, ou du fait qu'elle représente l'interdit par plusieurs côtés? Bridget, à l'instar de sa mère, ne cherche pas à comprendre Lou. Elle voit ses actes, mais ne la laisse pas s'exprimer.

Lou est, bien sûr, le personnage le plus intéressant. Elle est en souffrance, car elle désire être aimée. Tout ce qu'elle fait, elle le fait pour être aimée ou parce qu'elle sent qu'elle ne l'est pas comme il le faudrait. Elle est fascinante, car pour qui n'entend pas ses pensées, son comportement est celui d'une future délinquante. Mais le lecteur est dans sa tête, et sait. Il sait que si les Harding avaient réellement écouté Lou, les deux ou trois fois où elle a tenté de leur ouvrir son coeur, tout aurait été différent.
Le mal-être de Lou est également symbolisé par son insomnie. Elle ne dort bien que dans un endroit étranger. Cela pourrait signifier qu'où qu'elle aille, elle ne trouve pas sa place, justement parce qu'elle n'arrive pas à se faire comprendre et accepter. Elle a donc besoin d'endroits inconnus où elle n'a pas été déçue.
D'un autre côté, elle reconnaît elle-même son égoïsme lorsqu'elle admet ne rien savoir des Harding, et ne pas chercher à mieux les connaître. Son désir d'être aimée est si fort qu'elle le projette même sur des gens qu'elle ne peut pas aimer à cause de leur hypocrisie. Quant à celui qui l'aime apparemment sincèrement, elle s'en fiche.
Je parle des Harding, mais le livre analyse d'autres personnages, et les abîmes entre Lou et eux.

Je ne sais pas trop quoi penser de la fin. Elle est ouverte. Que va faire Lou? Sa camarade lui a-t-elle dit la vérité? C'est à nous de décider. En général, je n'aime pas les fins incertaines, mais dans ce livre, cette fin colle bien au personnage de Lou. Pendant tout le livre, elle flotte dans l'incertitude et l'insécurité.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Martine Moinat a su prêter sa voix avec sensibilité et intelligence au personnage de Lou. Je suis toujours aussi contente de l'entendre!

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