Le territoire des barbares L'ouvrage:
Sophia Zarzamala (dite Zarza) est le personnage principal du roman. Au début, quelqu'un lui téléphone, et lui dit "Je t'ai retrouvée". Elle s'enfuit, et petit à petit, on apprend sa vie. Il y a des flashbacks où elle se rappelle son passé (et c'est comme ça qu'on apprend qui la poursuit et pourquoi) et on la voit, dans le présent, essayant de se sortir de là. Elle a réussi à se créer une nouvelle vie, et la voilà obligée de replonger au coeur de l'enfer qu'elle a eu la chance de fuir. Dans ce chaos, Zarza tente de préserver son frère, Miguel, la seule personne pure qui ne l'a jamais trahie, le seul être qui compte vraiment. C'est pour lui qu'elle essaie de rester vivante.

Critique:
Zarza est torturée. Elle a essayé de couper les ponts avec son ancienne vie, mais ce coup de téléphone l'y replonge. L'ambiance générale du roman est sordide: entre le père sadique, le frère malsain, l'autre frère attardé... Ensuite, on se demande si Zarza ne préfère pas les eaux noires de la méchanceté, parce qu'elle rencontre un homme qui lui laisse sa chance, et elle gâche tout. Elle souille ce qu'elle touche, ceux qui l'aiment et lui font confiance. Et bien sûr, elle est accro à la Reine, à la blanche. En fait, Zarza a l'air d'osciller entre le gouffre et la lumière. C'est un personnage fascinant, qui a vécu des choses traumatisantes, des atrocités, qui a plongé très bas, qui a été jusqu'à faire sciemment le mal à ceux qui lui voulaient le plus de bien (Urbano et Miguel), et qui essaie quand même de s'en sortir, alors que ce qu'elle a vécu, et certains de ses actes pourraient lui faire abandonner la lutte. La dimension psychologique est très importante, le personnage de Zarza est très riche. Elle est tiraillée entre les deux mondes, et elle agit parfois comme la dernière des dernières, mais comment faire autrement quand on est acculé, quand on a besoin de sa dose de drogue, ou quand on ne croit plus en rien?... A l'époque de l'histoire, Zarza ne se drogue plus.

Rosa Montero écrit très bien. Elle a parfois de petites phrases très percutantes, mais aussi très sombres... Le monde qu'elle décrit est dur, et il faut avoir le coeur accroché. La réalité qu'elle nous montre nous frappe au visage, nous force à observer ce monde sans pitié, ce monde où l'horreur est toujours présente.

Ce livre m'a beaucoup plu et impressionnée.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sylvie Délèze pour la Bibliothèque Braille Romande.

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