Le tailleur de pierre

L'ouvrage:
La police de Fjàllbacka se retrouve en charge d'une nouvelle affaire: une enfant a été «pêchée» par un pêcheur de homards. Pour Patrik Hedström, l'un des policiers, ce cas est d'autant plus perturbant qu'il connaît l'enfant, sa mère étant une amie d'Erica, sa compagne.

L'enquête se complique lorsque l'autopsie révèle que Sarah a été noyée, certes, mais vraisemblablement dans un bain, car on a retrouvé de l'eau douce dans ses poumons, ainsi que des restes de savon et de shampoing.
Mais le plus étrange est qu'on retrouve de la cendre dans son estomac: on lui en a fait avaler.

Critique:
C'est la suite de «Le prédicateur». On retrouve avec plaisir les personnages des policiers et d'Erica.

Là encore, Camilla Läckberg nous raconte deux intrigues arrivées à deux époques différentes. Malheureusement, je ne me fais plus prendre par cette ficelle censée dérouter le lecteur, et que j'ai si souvent rencontrée.
Attention, je dévoile des pans de l'histoire en montrant le cheminement que j'ai suivi. Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
Je sais que des histoires semblant totalement éloignées les unes des autres, dans un polar, sont connectées. Donc, j'ai tout de suite su que le coupable était un descendant d'Agnès, et j'ai vite su que cette personne agissait ainsi à cause des traumatismes qu'Agnès lui avait infligés.
Ayant compris les rouages du roman, dès qu'Agnès a rencontré la petite fille, j'ai su que c'était elle, la coupable, et en calculant son âge, j'ai su qui elle était dans le présent. Son prénom ne m'a pas déroutée (il a dû être cité dans le but de détourner le lecteur qui s'approcherait trop de la vérité), j'ai imaginé ce qui s'était passé ensuite.
J'ai également deviné qui avait tué le premier mari de Lilian, et ce qui arrivait à Stieg.
Comme beaucoup de thrillers parlent d'abus sur enfants, j'avais également compris qu'il y aurait une histoire de ce genre, et je savais que Sebastian était la victime. À ce sujet, l'auteur nous présente le coupable comme un malade. Je veux bien croire que certains raisonnent ainsi, mais elle a l'air de dire qu'ils sont tous comme ça. Or, je pense qu'il ne faut pas se leurrer: la plupart savent très bien ce qu'ils font, ce qui est encore pire, même si dans les faits, ça revient au même. (Réflexion d'une fille traumatisée par un livre des plus réalistes sur le sujet.)
J'avais aussi deviné qu'Agnès avait mis le feu à sa maison, mais pas qu'elle avait pris la peine de tuer ses occupants avant. Cela explique qu'ils ne soient pas sortis...

Le roman m'a plu, même si j'ai deviné beaucoup de choses. Camilla Läckberg a quand même réussi à m'embrouiller avec Janet.
J'ai trouvé que l'auteur en faisait parfois un peu trop, par exemple, avec la lettre de Mellberg, au début.
Le thème de la famille est abordé de plusieurs manières: relations compliquées, familles recomposées, incompréhensions entre parents et enfants, caractères et personnalités complexes ou très simples... J'ai trouvé tous ces exemples intéressants et bien analysés.
Je ne les évoquerai pas tous, bien sûr, ce serait trop fastidieux pour mes lecteurs, mais parmi ces relations parents-enfants, il y a celle des nouveaux parents (Patrik et Erica) et de leur fille, Maya. Comme dans «Le prédicateur», Camilla Läckberg est réaliste. Elle ne nous présente pas des parents gâtifiant devant un bébé ne pleurant jamais. Elle nous montre ce qui, à mon avis, est le quotidien de parents après une naissance.

Les petites guerres entre policiers m'ont paru bien analysées également. J'ai cependant trouvé les personnages d'Ernst et de Mellberg un peu invraisemblables. En effet, Ernst n'a que des raisonnements idiots. Un enfant de dix ans en verrait la stupidité. On me dira que sa fatuité l'empêche de s'en rendre compte... Peut-être...
Quant à Mellberg, il n'est pas très crédible. Il est inapte au point que c'est Patrik qui gère tout. On voyait déjà cela dans «Le prédicateur», mais c'était logique car expliqué un peu différemment: il laissait Patrik se démener, et récoltait les lauriers. Ici, on voit vraiment que c'est un fantoche, et on se demande comment il est arrivé là. Dans le roman, le lecteur a un petit aperçu de sa vie privée, et donc de ses pensées en dehors du travail. Eh bien, je peux vous dire que ça fait frémir. Qu'il s'enferre dans un raisonnement, soit, mais qu'il réfléchisse comme un gamin de dix ans, voire moins, c'est effarant. Il transpire la bêtise. Au moins, il fait rire le lecteur!

Le personnage d'Agnès n'est pas très complexe, malheureusement. Elle ne sait que passer pour une victime, semer le malheur autour d'elle par son égoïsme... Le comportement de son père (après son sursaut de lucidité), et celui d'Anders m'ont profondément énervée. Agnès ne cachait même pas son jeu, et ils se remettaient en question. On m'objectera qu'elle était manipulatrice. Je pense qu'au départ, non, elle l'est devenue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Pâris.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 17 mars.
J'ai été très déçue qu'Eric Herson-Macarel, qui a enregistré «Le prédicateur», n'ait pas lu ce roman. Pour moi, Christine Pâris partait déjà avec un sérieux défi à relever, car elle devait faire aussi bien, voire mieux. Au début, sa voix est affectée, on dirait qu'elle lit un conte à des enfants. Ensuite, elle semble mieux entrer dans le roman, et lit de manière plus naturelle. Sa lecture est vivante. Parfois, elle retrouve un peu son ton affecté du début. Si elle enregistre à nouveau, je ne sais pas si je la retrouverai avec plaisir.
En revanche, j'espère qu'Eric Herson-Macarel enregistrera d'autres livres!
Détail amusant: la voix de Christine Pâris me fait penser à celle de la comédienne Caroline Beaune.

Acheter « Le tailleur de pierre » en audio sur Amazon

Acheter « Le tailleur de pierre » sur Amazon