Le Suaire écarlate

Ce roman est la suite des aventures de Wallah, rencontrée dans «La fille de l'archer».

L'ouvrage:
Wallah ayant perdu son pouvoir, le baron n'a plus besoin d'elle. Il la congédie. La troupe de forains dont elle fait partie voit donc l'argent facile se tarir. Bézélios a alors l'idée de fabriquer une relique et de créer des miracles afin d'attirer les gens qui paieraient pour bénéficier des bienfaits de la relique...

Critique:
Beaucoup de romans de Brussolo se caractérisent par un fourmillement d'idées toutes plus captivantes les unes que les autres. Ici, s'il y a de bonnes trouvailles, si on ne s'ennuie pas, c'est loin d'être aussi palpitant que certains autres. Il y a bien quelques rebondissements, mais je les ai trouvés pâles par rapport à ce dont est capable Brussolo. J'ai conscience d'être devenue très exigeante avec cet auteur, le connaissant depuis plus de quinze ans, et m'étant délectée de beaucoup de ses ouvrages.
D'autre part, j'ai trouvé qu'il y avait bien trop de carnage et de morts. Là encore, j'atténuerai mon propos en disant que cela va avec l'époque, et également que Brussolo aime bien ce genre de mises en scène macabres. Je les lui pardonne plus facilement quand le roman est trépidant.

Malgré mes reproches, je dois dire que le livre ne souffre pas de temps morts. L'auteur plante très bien le décor. Ensuite, on ne peut pas vraiment prévoir comment vont tourner les choses. Le romancier a construit son intrigue de telle façon qu'on suive les personnages en émettant des suppositions, mais qu'on ne puisse vraiment rien deviner. L'histoire suit son cours de manière quelque peu classique, et le rythme s'accélère à peu près à la moitié du roman. Le dénouement fait partie de ce qu'on ne peut pas deviner. Il va bien au roman et est crédible.

En outre, les faux-semblants et les superstitions sont abondamment et judicieusement utilisés. Là encore, Brussolo se sert des croyances de l'époque, et c'est assez réussi.

Il m'a plu de retrouver et de suivre Wallah. À l'instar de beaucoup de personnages principaux des romans de Brussolo, elle est lucide sur les événements qu'elle vit, et tente de combattre sa sensibilité et son empathie naturelles. De plus, elle n'a pas ce que j'appelle les mauvais côtés des héros brussoliens.

Le romancier ne manque pas de faire allusion à ses précédents romans. On rencontre Jôme et la Tite dans «Hurlemort». Ici, ils sont égaux à eux-mêmes.
Quant au nom de Candarec, on le retrouve dans plusieurs romans.

L'écrivain insère quelques notes humoristiques. Je n'en citerai que deux qui m'ont particulièrement amusée. D'abord, j'ai ri au moment où Wallah se fait la réflexion que les chrétiens ne se sont jamais attardés sur le fait qu'il y a quelque chose de cannibale à «manger le corps du Christ».
Ensuite, l'un des frères du Saint Isolement (rien que cette appellation fera sourire) se nomme frère Jean des Profondeurs. C'est d'abord amusant parce que lesdits moines vivent sous terre, mais aussi à cause de l'allusion à frère Jean des Entommeures, le moine créé par Rabelais qui, à l'inverse de celui de Brussolo, ne combat pas le diable (ennemi supposé), mais Picrochole (ennemi bien réel).

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par Fleuve éditions

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