Le styliste

Note: Les livres d'Alexandra Marinina évoquent la même femme policier, Anastasia Kamenskaïa. Il vaut donc mieux les lire dans l'ordre. Malheureusement, je ne connais pas cet ordre. Je sais seulement, pour avoir lu les deux, que «Ne gênez pas le bourreau» se déroule avant «Le styliste».

L'ouvrage:
Moscou. Anastasia Kamenskaïa enquête sur une série d'enlèvements, dont certaines victimes ont été assassinées. Les cibles sont de jeunes garçons, apparemment homosexuels. Deux d'entre eux sont morts d'une overdose. Il semblerait que le pédophile sévisse dans le quartier où habite Vladimir Soloviov, ancien amant d'Anastasia, et actuellement, traducteur pour les éditions Shere Khan. Sous prétexte de tester ses propres sentiments, mais en réalité pour fureter dans le quartier, la jeune femme renoue avec lui.

Critique:
Voilà un polar comme je les aime! L'auteur ne tombe pas dans l'excès de violence, loin de là. Elle préfère tisser une intrigue solide, analyser la psychologie de ses personnages. Si je me suis doutée que certaines choses étaient liées, je n'ai pas deviné comment. La façon dont tout s'entrecroise est réaliste. J'ai aimé que l'auteur prenne le temps de présenter ses personnages, leur caractère, leurs habitudes, leur passé... Elle a su créer des personnages épais.
Si l'intrigue semble lente, cela ne m'a pas gênée. J'ai deviné certaines choses (et j'ai pesté après le crédule Soloviov qui ne voyait rien), mais je n'ai pas trouvé que l'auteur faisait du remplissage. Certains diront peut-être qu'elle retarde des révélations, qu'elle fait traîner des pistes... pour moi, elle renforçait subtilement personnages et intrigues. J'ai d'ailleurs été déçue que le livre se termine si vite... j'aurais bien passé davantage de temps avec ces protagonistes, et cette intrigue bien pensée.

Nastia (Anastasia) ne répond pas aux clichés du flic intègre blessé par la vie. Elle aime son métier, et c'est la seule branche où elle soit dynamique. Elle laisse toutes les corvées pénibles (tâches ménagères, cuisine) à son mari. J'aime bien ce genre de couples, que les idées reçues soient bousculées avec ce schéma, même si je trouve que Nastia exagère. J'ai également apprécié qu'elle déteste s'habiller en robe de soirée avec chaussures à talons. Outre que là encore, elle s'éloigne du cliché qu'on applique aux femmes, je suis toujours contente quand des gens agissent comme moi, fussent-ils des personnages de romans.

Oxana sort également des clichés. Elle est mannequin, donc mince. Elle est obligée de faire attention à ce qu'elle mange. Cela ne veut pas dire qu'elle y prend plaisir. Elle affirme sans ambages qu'elle rêve de bons plats bien riches, comme, par exemples, de grosses tartes. Cette attitude est réaliste. J'ai également apprécié son envie de se ranger, d'avoir une vie pépère.
Voilà deux personnages féminins assez forts, qui se démarquent.

Les autres personnages sont tout aussi intéressants, même ceux qui semblent brossés à grands traits.
Il y a une petite faiblesse de scénario. (Attention! passez au paragraphe suivant, si vous n'avez pas lu le livre.)
Vadim semble rompu aux combines et tactiques en tous genres afin de manipuler psychologiquement ses victimes. Dans ce cas, pourquoi ne fait-il pas semblant d'aimer Oxana, lorsque celle-ci se déclare? La rejeter, même gentiment, c'est prendre un risque... C'est d'ailleurs ce qu'utilise l'auteur pour qu'Oxana se retourne contre Vadim. Il fallait bien qu'elle crée une péripétie qui ferait qu'Oxana trahirait Vadim. Soit, mais elle aurait peut-être dû trouver autre chose, ou une autre façon de l'amener.

J'ai été décontenancée quant à l'identité du coupable des meurtres, parce que, comme le souhaitait l'auteur, je l'aimais bien. Je ne peux pas en dire plus...

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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