Le rêve de l'okapi

L'ouvrage:
Cette nuit-là, Selma a rêvé d'un okapi. Or, les rares fois où c'est arrivé, quelqu'un de son entourage est mort le lendemain. Selma souhaite donc qu'on ne sache pas ce qu'elle a rêvé. Seulement, elle le dit à une personne qui répand la nouvelle. Dans le village, tous s'interrogent, certains espèrent, d'autres s'inquiètent.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Il part du rêve de Selma, et il est évident que le lecteur, à l'instar des personnages, veut savoir quelles conséquences cela aura. Cependant, cela se fond dans un genre de grand tout. Les choses ne s'arrêtent pas quelques jours après ce rêve. Le roman s'étale sur vingt ans. La narratrice, Louise, la petite-fille de Selma, a dix ans au début. Elle part donc du rêve de sa grand-mère pour raconter (avec verve) les petits soucis de certaines personnes de son entourage. Nous découvrons ainsi les parents de Louise. Son père, le fils de Selma, m'a paru assez inconséquent. Il fait une psychanalyse, ne cesse d'en parler, se découvre soudain une passion pour les voyages... La mère de notre héroïne n'est pas mieux. Pourtant, si j'ai commencé par en vouloir à ces personnages, leurs particularités ont fini par m'amuser. Le père est immature, mais c'est grâce à lui qu'Alaska entre dans la vie de Louise... Celle-ci ne souffre pas trop de la légèreté de ses parents (ceux-ci ne font pas grand cas d'elle), car Selma et l'opticien sont là. Peut-être faudrait-il remercier les parents de la narratrice: leur inconséquence lui a permis d'être élevée par des personnes attentionnées.

L'opticien est sympathique au lecteur. Celui-ci oscillera entre rire et empathie quant à ce personnage. Pour moi, la sympathie l'a largement emporté.

Malgré des faits tristes, certaines situations sont cocasses. Par exemple, lorsque certains se font un devoir d'avouer... leur tentative de meurtre, ou même le moment où Marlise (dont on rit souvent) décide de se suicider.

La narratrice n'est pas le personnage le plus marquant du roman, mais on suit sa destinée avec intérêt. Entourée de ces gens qui s'épanchent auprès de Selma ou qui se débattent avec un dilemme, marquée par les conséquences du rêve de sa grand-mère, comprenant très vite qu'il faut tenter de saisir les bonnes choses dès qu'elles se présentent, Louise m'a été sympathique. J'ai toujours compris ses réactions, et j'ai apprécié qu'elle se fasse chroniqueuse du petit village pour raconter ce qui arrive au lecteur dont elle fait son complice. Elle apprend de la vie, de ses déconvenues, mais aussi de ses plaisirs.

Je suis très loin d'avoir évoqué tout ce qui fait le sel et la pertinence de ce roman qui a été, pour moi, une très belle découverte. Livre divertissant, lumineux, gai (malgré certains faits graves), montrant comment tirer le meilleur parti de chaque situation (telle Selma ne mangeant que ce qu'elle estime être le meilleur du Mon Chéri).

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marianne Pernet pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Marianne Pernet enregistre depuis longtemps pour la BSR. J'apprécie sa façon de lire, mais les rares romans lus par elle que j'ai essayés ne m'ont pas plu. Je suis contente d'être tombée sur un livre lu par elle qui m'a plu. Elle ne surjoue jamais, et fait subtilement passer émotions des personnages et ambiance du roman. Je vais regarder à nouveau quels livres elle a lus dans l'espoir d'en trouver qui me plairont.

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