Le prisonnier du ciel

L'ouvrage:
Barcelone, 1957.
Un jour que Daniel est seul à la librairie, il reçoit la visite d'un homme étrange. Celui-ci achète un livre («Le comte de Monte Cristo»), beaucoup plus cher que le prix annoncé, et y écrit une curieuse dédicace destinée à Fermín. Ce dernier finit par révéler son secret à son ami. Cela se passait en 1939. La vie de Daniel en sera bouleversée à jamais.

Critique:
Quel bonheur pour moi de retrouver l'écriture si claire, si fluide, ainsi que les intrigues et les personnages de Carlos Ruiz Zafón! Ce livre m'a autant captivée que «Le jeu de l'ange» et «L'ombre du vent». Si l'énigme domine, il serait inexact, voire insultant, de résumer ce roman à un simple thriller. L'énigme passionnera le lecteur, mais son engouement sera renforcé par ce qui se dégage des personnages. D'autre part, l'auteur parsème son roman de répliques et de scènes humoristiques (Comment oublier l'ivresse mémorable du père de Daniel?). Fermín reste pittoresque. Le lecteur découvre un autre aspect de lui, et l'apprécie davantage. Pourtant, là encore, un mystère plane. C'est sûrement la caractéristique de Fermín: plus il se dévoile, mieux on le connaît, plus on se rend compte qu'il en reste encore beaucoup à apprendre.

L'écriture reste l'un des thèmes de l'oeuvre du romancier. Sa manière de l'aborder ici montre bien que le sujet n'est pas épuisé: écriture contrainte, mais aussi libératrice, offrant des clés inattendues, donnant des éléments par-delà le temps, mais constituant également un refuge pour l'un des personnages. C'est aussi un sésame, un moyen de vivre pour Oswaldo et ses disciples.
Il y a également de multiples allusions à des oeuvres plus ou moins connues.

J'ai été ravie de retrouver certains personnages de «Le jeu de l'ange»: Isabella et David Martin. Isabella apparaît peu, mais on la retrouve tout aussi déterminée, éprise de justice... en un mot: exquise. À son propos, l'écrivain adresse un autre clin d'oeil du destin à ses personnages: l'arrivée de Sophia et le bouleversement qu'elle suscite (d'autant que Sempere père est pris de boisson), est une scène à la fois hilarante et touchante.

La magie de ce livre vient de ce que tout contribue à en faire un roman à part. Tous les ingrédients rassemblés en font un livre qu'il sera impossible de lâcher avant de l'avoir achevé. (À mon goût, il est beaucoup trop court!)

Une autre force de ce livre est qu'il éclaire «Le jeu de l'ange» d'un jour nouveau. Je me souviens n'avoir pas aimé la fin de ce roman parce que j'avais trouvé certaines choses trop faciles. Or, tout s'explique de manière parfaitement logique dans «Le prisonnier du ciel». Je n'avais pas pensé à cette possibilité, d'abord parce qu'il me manquait certains éléments (qui ne sont révélés que dans «Le prisonnier du ciel), mais aussi parce que l'idée ne m'était même pas venue. Et pourtant, tout s'explique, tout s'imbrique, tout prend sens de la manière la plus évidente qui soit.
Mais ce roman jette aussi une ombre sur un autre aspect de «Le jeu de l'ange». Une situation qui semblait claire devient maintenant floue. Ce n'est pas pour me déplaire, car cela renforce le côté vraisemblable du tout.

Ces trois livres peuvent être lus indépendamment. En effet, l'épilogue de «Le jeu de l'ange» se passerait en 1945, alors que l'époque évoquée (par un retour en arrière) dans «Le prisonnier du ciel» va de 1939 à 1940. Le présent de «Le prisonnier du ciel» se passe entre les derniers événements de «L'ombre du vent» et son épilogue. De ce fait, l'épilogue de «L'ombre du vent» nous apprend quelques détails qui arriveront dans «Le prisonnier du ciel». Bref, tout cela s'entrecroise, et je comprends que certains disent qu'ils peuvent être lus indépendamment. Cependant, je persiste à penser qu'il faut les lire dans l'ordre chronologique des époques. C'est-à-dire:
1: Le jeu de l'ange
2: L'ombre du vent
3: Le prisonnier du ciel
D'autre part, la fin de ce troisième tome montre qu'il faut l'avoir lu avant de lire le tome 4. J'espère qu'il va vite sortir en France... et en audio!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédéric Meaux. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
La voix douce et soignée de Frédéric Meaux, ainsi que son jeu subtile et délicat m'ont, une fois de plus, enchantée. Il sait modifier sa voix pour tel ou tel personnage sans que cela ne soit du cabotinage. En outre, sa voix et ses intonations s'accordent à merveille avec l'écriture de Carlos Ruiz Zafón.

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