Le poids des mensonges

L'ouvrage:
Noah et Caitlin Eckert sont mariés depuis deux ans. Ils aiment tendrement Jordy, le fils de Noah et de sa première femme.
Un matin, Caitlin emmène le garçonnet à l'école. C'est là qu'il disparaît. La famille connaît les affres de l'angoisse, d'autant qu'aucune demande de rançon n'est faite.

Critique:
Les romans policiers de Patricia Macdonald sont classiques. Cependant, pour la plupart d'entre eux, elle entremêle ficelles attendues et rebondissements, ce qui fait qu'on ne tombe généralement pas dans l'ennui. Ce roman fait partie de ceux qui m'ont plu.

Comme à son habitude, elle ne se contente pas de brosser à grands traits d'inconsistants personnages. Leur psychologie est intéressantes, leurs motivations sont compréhensibles.
L'auteur démarre avec un événement dont n'importe qui comprendra l'impact sur la famille. Il est très facile d'imaginer la douleur de ce couple qui ne sait pas ce qu'est devenu son enfant, qui n'a aucune prise sur ce qui arrive.

Ensuite, je me suis interrogée: comment la romancière allait-elle remplir les pages qui me sépareraient de la fin? En effet, dans ce genre de romans, on sait qu'on ne connaîtra la vérité qu'à la fin. Heureusement, elle évite les lenteurs. Il y en a bien quelques-unes, mais elles ne sont pas nombreuses. Elle commence par relancer l'attention du lecteur en dévoilant quelque chose qu'il avait deviné depuis le premier chapitre. Au moins, ai-je pensé, elle ne prend pas le lecteur pour un idiot, et ne retarde pas trop cette révélation qu'il a devinée. Cela lui permet de montrer le caractère de Noah et de Caitlin. Là encore, le lecteur comprendra pourquoi l'un des personnages s'est d'abord tu, et pourquoi l'autre se laisse guider par sa colère et son désespoir.
D'autre part, même si le lecteur avait deviné ce pan de l'histoire, la romancière change quelque peu la donne en introduisant un élément qu'il était impossible d'imaginer au départ.

Après cela, Caitlin commence à soupçonner certaines choses... Là encore, le lecteur suivra ses péripéties avec intérêt. J'ai été reconnaissante à l'auteur de frôler certains écueils, mais de les éviter. Par exemple, elle ne jette pas un faux coupable en pâture au lecteur, pour ensuite lui désigner le vrai. Elle fait autre chose qui est plus fin. Certes, j'avais deviné ce tour de passe passe, mais j'ai trouvé que cela avait été bien fait.

Patricia Macdonald a créé un rebondissement quelque peu dangereux, car il est à double-tranchant. Il relance l'attention du lecteur, soit. Mais si celui-ci a déjà deviné certaines choses (ce qui était mon cas), ce coup de théâtre est un indice supplémentaire qui montre que les suppositions sont justes.

Certains thèmes sont abordés de manière intelligente. Par exemple, Caitlin est victime de préjugés à cause de son passé et du fait qu'elle n'est pas la mère de Jordy, et elle finit par soupçonner arbitrairement quelqu'un sous prétexte qu'il est homosexuel. Le thème du pardon et des circonstances entourant les événement est également intéressant. L'auteur n'exhorte pas tout le monde à s'aimer et à se pardonner.

J'ai deviné toute l'histoire à partir du moment où Travis râle à propos du ratissage des feuilles. Je m'étais simplement trompée sur un détail. Il y a plusieurs raisons à cela: d'abord, je commence à connaître Patricia Macdonald, et je sais décrypter les indices qu'elle disperse, mine de rien, en faisant comme s'ils n'étaient pas importants. Ensuite, ce thème commence à être beaucoup exploité par divers auteurs, ce qui fait qu'on y pensera assez vite. Cela n'a pas gâché ma lecture, parce que les événements s'enchaînent assez vite, que les personnages sont attachants, et que tout est crédible.

Je me souviens que j'avais trouvée un peu tirée par les cheveux l'attitude d'un personnage dans un roman de Linwood Barclay, attitude sur laquelle reposait l'intrigue. Ici, tout s'est enclenché à cause du même genre d'attitude, et j'ai trouvé cela bien plus crédible que dans le roman de Linwood Barclay.

Attention! Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
L'auteur explique bien que personne ne soupçonnait rien. C'est crédible concernant presque tout le monde. En effet, les pervers savent dissimuler, les enfants sont effrayé et ont honte. Seulement, je trouve un peu gros que Paula et Emily n'aient absolument rien vu. C'est possible, mais moins crédible que pour les autres. Être quotidiennement aussi proche d'un individu de cet acabit, et ne jamais se douter de rien... cela m'étonne. C'est d'ailleurs pour ça que je pensais qu'Emily avait, elle aussi, subi cela dans son enfance.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.
Ce livre m'a été offert par les éditions Albin Michel

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