Le parfum des cendres

L'ouvrage:
Alice fait une thèse sur les thanatopracteurs. C'est ainsi qu'elle en suit certains pendant des durées indéterminées. À présent, c'est Sylvain Bragonard qu'elle accompagne, et regarde oeuvrer. Elle se rend rapidement compte qu'il fait du bon travail, qu'il y met tout son coeur. Cependant, elle est également très vite perturbée par le fait qu'il est très réservé: parler semble même l'exaspérer. Déboussolée, Alice va tenter de le dérider, d'apprendre les raisons de son attitude.

Critique:
Ce roman m'a plu. Au départ, certains éléments m'ont rappelé «Le reste de leur vie», de Jean-Paul Didierlaurent: le métier de Sylvain et le fait qu'il cache quelque chose qui le mine.
Après que la situation a été posée, et après que de petites phrases ont révélé une partie du traumatisme de Sylvain, j'ai eu peur que Marie Mangez tombe dans un écueil qui en est devenu un parce que trop d'auteurs l'ont utilisé en le brandissant. Je ne peux pas dire ce que c'est pour ne pas trop en dévoiler sur le roman. Heureusement, l'autrice l'a évité. Bien sûr, cet élément fait partie de ce qui ronge notre héros, mais il est très loin d'être l'essentielle cause de son tourment. Lorsque je l'ai découvert, j'imaginais la romancière, à côté de moi, me disant triomphalement: «Non, mais qu'est-ce que tu croyais? Que j'allais tomber dans ce travers! J'ai fait mieux que ça, allons!!!» ;-)

J'ai également craint que Marie Mangez tombe dans la mièvrerie. Là encore, elle m'a fait mentir. Et là encore, je l'imaginais se frottant les mains au moment où je découvrais qu'elle s'était également tirée de cela. ;-) Bien sûr, elle fait un peu de guimauve, mais c'est le genre de choses qui arriverait dans la vie. Son histoire est crédible. C'est pour cela qu'il est possible de s'attarder dessus, et de disséquer les motivations des personnages. Certes, je me suis demandé pourquoi Aude n'avait pas tenté de créer un déblocage, mais en y réfléchissant, j'ai compris qu'elle avait essayé. Elle n'y est peut-être pas allée franchement, mais elle a essayé. Je me suis également demandé pourquoi Nicolas était aussi stupide et fermé. Réponse: parce que les gens comme ça existent. Des gens qui ne veulent pas tenter de comprendre, qui sont persuadés que tout est aisé et possible si on le veut vraiment, qui refusent ce qui est différent, qui refusent de se mettre à la place de celui qui souffre, il y en a... Ici, Marie Mangez fait ressortir la bêtise de cette masse d'individus représentée par Nicolas, en lui donnant plusieurs fois l'occasion de s'exprimer.

L'auteur nous invite aussi à réfléchir sur l'importance d'être reconnaissant pour ce qu'on a. Par exemple, Alice évoque sa mère qui est sourde. Cela fait qu'Alice a découvert la musique tard. Dans le roman, elle comprend l'importance de profiter au maximum du bonheur de pouvoir écouter de la musique.

Ce livre est surtout une ode à l'odorat, et aux trésors qu'il permet de découvrir. Sans être aussi sensible que ce que décrit l'écrivain, je fais partie de ceux qui sont incommodés par l'odeur du parfum (dont beaucoup trop de gens abusent), celle du déodorant, et même celle des journaux. De ce fait, lorsqu'une odeur est bonne selon mon odorat, je m'en délecte, je la respire le plus méticuleusement possible. Je ne suis pas allée aussi loin que Marie Mangez en imaginant ce que pourraient raconter les odeurs naturelles de chaque être vivant, mais je trouve cela très intéressant.

J'ai apprécié la fin. L'autrice est parvenue à rester crédible en évitant le «tout rose» qui aurait été un peu mièvre. Bien sûr, à ce stade, je n'aurais pas refusé le «tout rose», mais je lui aurais trouvé un parfum (si j'ose dire) d'incohérence, à cause de ce qu'Alice dit d'elle-même.

Des pincées d'humour pour adoucir les côtés sombres, des brins de fantaisie pour tiédir la brûlure du chagrin, un livre dont la principale qualité est la non exagération.

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sophie Frison.
J'apprécie le jeu de cette comédienne. Ici, elle n'a pas démérité. La fantaisie et la gravité, elle les a très bien rendues. Comme elle enregistrait une ode aux odeurs, je me suis posé une question que je me posais il y a longtemps pour chaque voix que je connaissais, et que j'ai un peu abandonnée depuis plusieurs années. Pour moi, cette voix serait-elle plutôt sucrée ou salée? Pour répondre, il faut s'imaginer la personne parlant en mangeant quelque chose, ou s'imaginer ce qu'on aurait envie de manger en entendant cette voix. Je me suis tout de suite imaginée mangeant du chocolat avec la voix de Sophie Frison dans les oreilles. ;-) :-)

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