Le meurtre du commandeur

L'ouvrage:
Le narrateur raconte un moment marquant de sa vie: après que sa femme lui a dit qu'elle souhaitait divorcer, il a vécu plusieurs mois dans une maison à la montagne, appartenant au peintre Tomoïco Amada, père d'un de ses amis. Il y a vécu des événements qu'il n'est pas près d'oublier.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Il a été édité en deux tomes, mais il aurait pu l'être en un seul. Il faut lire les deux volumes d'affilée.

Le prologue, même s'il donne un minuscule indice sur un élément de l'histoire, n'est pas du tout de ceux qui gâchent la lecture. D'abord, on ne devine l'indice qu'au moment du récit où la chose arrive. À ce moment, on repense au prologue. Ensuite, cela ne donne aucune indication quant à la manière dont s'est terminée la période où le narrateur a vécu dans cette maison.

J'ai apprécié que l'auteur prenne le temps de nous présenter son narrateur. Celui-ci décrit d'abord les circonstances qui ont fait qu'il a vécu dans cette maison. Le début est assez lent. Cette lenteur m'a plu, justement parce que le narrateur prend son temps. Comme il parle aussi d'après cette période, il est intéressant de relire le premier chapitre après avoir fini le roman, et de voir quels échos éveille telle ou telle phrase.

L'intrigue m'a plu, même si j'ai un petit reproche à son sujet. D'abord, Haruki Murakami mélange habilement lenteur, éléments étranges, rebondissements... Si vous n'êtes pas férus de peinture, ne vous inquiétez pas: le fait que le narrateur soit peintre, qu'il habite chez un peintre, et que beaucoup d'événements soient en rapport avec des tableaux n'est pas du tout ennuyeux. Rien n'est énoncé pompeusement. Les toiles dont il est question sont plutôt source d'étonnement et de mystère. Par exemple, je n'ai pas réussi à comprendre pourquoi le narrateur décide de ne pas achever certains de ses portraits. Certains personnages sont d'accord avec lui, et pour au moins une de ces peintures, il semblerait qu'il pourrait être dangereux de la finir. Cela m'amène à l'habileté de l'auteur à distiller une ambiance d'horreur. On n'est pas dans un Stephen King, donc ce n'est pas fait avec de gros sabots, mais entre la toile représentant le meurtre du commandeur, le tableau inachevé de l'homme à la Subaru, et ce que découvre le narrateur après avoir été éveillé plusieurs fois en pleine nuit, nous avons un cadre propice à certains phénomènes. D'ailleurs, un mystère au parfum de fantastique nimbe l'un d'eux. Certains éléments restent inexpliqués concernant la fosse et la clochette.
Le personnage de Menchiki est aussi un élément accentuant l'étrangeté, le mystère. Il ne fait rien de mal, mais ses requêtes auprès du narrateur, sa façon de vivre, et ce que nous apprend Radio Jungle sont des éléments qui pourront éveiller la méfiance du lecteur. À vous de voir si vous lui accorderez votre confiance.

Le meurtre du commandeur Si ces éléments peuvent paraître quelque peu effrayants, l'un donne lieu à une chose cocasse: l'apparition du commandeur. Sa façon de parler, sa verve, et sa sympathie font qu'on sera plutôt à l'aise en sa présence.

Venons-en à mon reproche: ce qui arrive alors que le narrateur et son ami rendent visite au père de ce dernier n'a pas lieu d'être. L'espèce de voyage du narrateur ne sert à rien (puisque la personne en difficultés s'en sort grâce à un événement planifié depuis longtemps), et l'acte odieux qu'il est contraint de commettre est également inutile. Il ne fait que priver le narrateur et le lecteur de quelque chose. Bien sûr, tout cela occasionne des effets de suspense et d'attente. Le lecteur comprend bien que tel élément est une clé, etc. Cependant, cela ne sert absolument à rien, à part à ce qu'un événement néfaste (celui que j'ai cité plus haut) arrive sans bonnes raisons, comme le pressent d'ailleurs le narrateur! Peut-être cela a-t-il été utile au personnage qui a fait une espèce de parcours initiatique, et qui, en plus, semble s'être guéri d'une peur difficile à maîtriser, mais cet élément de l'intrigue ne me plaît pas. Ce n'est ni le fantastique ni l'ambiance un peu délirante qui m'ont déplu, c'est le fait que cela doive se passer. Cela n'apporte que du désagrément, au final. En plus, cela fait que j'ai eu peur que la fin du roman devienne du grand n'importe quoi. Heureusement, ce n'est pas le cas.

À l'instar de certaines peintures du personnage principal, des pans de l'histoire sentent l'inachevé. Je ne parle pas seulement de ce qu'on n'arrive pas à savoir, mais aussi de la relation entre le narrateur et Menchiki. Tout est expliqué, et cela reflète ce qui peut arriver dans la vie, mais cela ne m'a pas satisfaite. Je pense que mon souci vient surtout du fait que j'aurais aimé que l'histoire continue. Il y a une vraie fin, mais comme dans d'autres livres, j'aurais souhaité que cela ne s'arrête pas. Je ne voulais pas forcément que le narrateur renoue avec Menchiki, mais j'aurais aimé savoir la suite de son histoire, ses relations avec Yuzu, sa fille, et un autre personnage. C'est un compliment que je fais à l'auteur: son histoire est terminée, mais j'aimerais qu'il y ait une suite. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christophe Brault pour les éditions Lizzie.

Je ne connaissais pas du tout ce comédien. Son interprétation m'a globalement plu. Il a trouvé le ton adéquat pour transmettre la façon de parler du commandeur. À mon avis, cela n'est pas facile, parce que les effets de style du personnage sont propices (pour un mauvais comédien) à du surjeu. En outre, Christophe Brault n'exagère pas sa voix lorsqu'il s'agit des rôles féminins. Il module sa voix un peu autrement lorsqu'il interprète Menchiki. Je comprends qu'il ait voulu le différencier du narrateur, mais je me serais passée de cet effet de voix.
En bonne pinailleuse aimant le français standard, j'ai été déçue que le comédien prononce la plupart des «ais», «ait», «aient», etc. fermés alors qu'ils doivent être ouverts.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: la plupart des chapitres sont coupés en deux voire trois pistes.

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