Le marionnettiste

L'ouvrage:
2004.
Jean-Pascal Gontier a récemment ouvert une agence de renseignements. C'est alors que Martine Verneuil, une amie d'enfance, lui demande d'enquêter. Son fils, Charles, est accusé de meurtre. Le jeune homme clame son innocence, et Martine le croit. Jean-Pascal accepte, surtout au nom de son ancienne amitié pour la jeune femme.

Critique:
Le livre part sur une idée qui pourrait être clichée: une machination contre un innocent. J'ai d'ailleurs tout de suite pris pour acquis que Charles n'avait pas tué. L'auteur sait rendre tout cela intéressant et original. D'abord, après la situation posée, quelques interrogatoires faits, il lance le détective, et donc le lecteur, sur une nouvelle piste. Au fil des chapitres, cette piste se précise, et on se rend compte qu'elle est plus compliquée et plus étendue que ce qu'on aurait pu croire au départ. Elle engendre de nouvelles attentes et des rebondissements.
Il y a bien une fausse piste, mais l'auteur ne l'impose pas, il ne fait que la suggérer. En outre, il ne la fait pas trop durer. Pour moi, il a su habilement employer cette ficelle que d'autres galvaudent.
Vers la fin du roman, quelque chose qui, là encore, peut paraître cliché est dévoilé. C'est une autre ficelle que certains exploitent mal, et qui, ici, a été utilisée sans grandiloquence et avec réalisme.

Bernard Boudeau ne parsème pas son romans de cadavres tous plus mutilés les uns que les autres. Il y en a, mais rien de spectaculaire. Il s'attache plutôt à la psychologie des personnages. Celle-ci est patiemment exposée. L'angoisse monte peu à peu, car ce que décrit le romancier est très proches du lecteur, très réel. Il montre savamment que la folie à grande échelle et la destruction morale sont plus fréquentes et plus insidieuses qu'on pourrait le croire.
À un moment, j'ai eu peur d'oublier certaines pièces, de ne pas parvenir à les assembler, mais si le roman est complexe, il n'est pas compliqué.

Le livre est assez épais et dense. Malgré cela, il est exempt de temps morts et d'incohérences.
L'écrivain use du retour en arrière, mais il n'en abuse pas. D'autre part, il s'agence très bien dans le récit. En effet, un récit chronologique n'aurait pas eu autant d'impact. Il fallait que l'attention du lecteur soit d'abord attirée par le meurtre.
En général, je n'aime pas les prologues qui veulent faire saliver le lecteur. Là encore, Bernard Boudeau a su user intelligemment de cette ficelle. Son prologue en dit assez pour que le lecteur se pose des questions. J'ai pensé élucider certaines choses à partir de ce prologue, mais l'auteur a su garder une longueur d'avance.

Bien sûr, je me suis attachée à Jean-Pascal et à sa famille. J'ai apprécié qu'ils gardent une part de mystère.

Remarques annexes:
J'ai bien aimé les chiens policiers. ;-)
Je suis sceptique quant à la théorie comme quoi un français parlera plutôt de telle chose de telle manière alors qu'un canadien l'abordera autrement. Je sais que certaines façons d'être sont inhérentes à une culture, mais j'ai toujours du mal à l'accepter, car je trouve que cela catégorise trop les gens.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions In octavo dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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