Le magicien de Brooklyn

L'ouvrage:
2003. Vaclav et Lena ont neuf ans, et sont amis. Le garçonnet, fasciné par la magie, décide de monter un spectacle. La fillette sera son assistante. Elle passe beaucoup de temps chez lui. Elle vit avec sa tante qui s'occupe très peu d'elle.
Un jour, après que Lena n'est pas allée en classe, Rassia, la mère de Vaclav, décide d'aller voir comment elle va. C'est à partir de là que les choses basculent.

Critique:
Haley Tanner aborde intelligemment certains thèmes. Par exemple, les parents de Vaclav (surtout Rassia) sont partis de Russie pour s'installer aux États-Unis, dans le but que leur fils puisse avoir une vie meilleure qu'eux. Rassia est un personnage très intéressant. Elle agit uniquement en pensant à l'intérêt de Vaclav, fait certains sacrifices, souffre (par exemple lorsqu'elle voit son fils adopter la culture américaine), mais sait que c'est un mal nécessaire, qu'elle l'a elle-même souhaité.

Vaclav aussi est attachant. Il comprend très vite pourquoi il doit faire de son mieux à l'école. Son mélange de candeur et d'intuition pour certaines choses le rend sympathique.

J'ai eu du mal à cerner et apprécier Lena. Tout comme Rassia, je sentais confusément que quelque chose n'allait pas, mais je n'arrivais pas à m'attacher à elle, à cause de son comportement envers Vaclav. On a beau savoir qu'une personne a souffert, on ne peut pas excuser tous ses actes sous ce prétexte. Ensuite, j'ai un peu mieux cerné le personnage, mais je n'ai pas réussi à l'apprécier tout à fait... J'ai trouvé judicieux de la part de l'auteur de nous la montrer sans vraiment dire ce qui lui est arrivé, puis de donner les explications. En effet, la plupart du temps, c'est ainsi que cela arrive dans la vie. On rencontre des gens, on ne peut juger leurs actes qu'à partir de ce qu'on connaît d'eux, et bien sûr, ils ne se mettent pas à raconter leur vie et leurs éventuels traumatismes. C'est un appel à garder l'esprit ouvert, même si ce n'est pas toujours facile, et qu'il n'est pas profitable à la personne qu'on lui passe tout sans rien dire.

Quant à l'intrigue, elle est d'abord construite avec des non-dits que le lecteur doit combler, et dont la solution est dévoilée ensuite. Cela donne parfois une impression de lenteur, mais la vie et le décor dans lequel évoluent ces personnages sont criants de vérité. La fin soulève une question qu'on rencontre au moins une fois dans sa vie: vaut-il mieux dire la vérité par souci d'honnêteté, et parce que la personne a le droit de savoir, ou vaut-il mieux la cacher sachant que la personne sera terriblement affectée? Pour ma part, je dis toujours que je préfère savoir, mais dans le cas du personnage de ce roman, je ne sais pas ce qui est le mieux. Haley Tanner atténue le malaise que le lecteur pourrait ressentir avec ce qu'elle dit au dernier chapitre.

Comme souvent, je préfère le titre original («Vaclav and Lena») au titre français. Certes, celui-ci évoque un aspect important de la vie de Vaclav, et même (si on décide de le prendre ainsi) ce qu'il fait à la fin. Cependant, le titre original, s'il semble moins recherché, parle mieux de ce qui est le coeur du roman.

Éditeur français: Nil
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Kirby Heyborne et Rebecca Lowman pour les éditions Random house audio.
L'éditeur a alterné les lecteurs selon que nous voyons les choses du point de vue de Vaclav ou de celui de Lena. C'est une bonne initiative. Cependant, il me semble que Kirby Heyborne lit certains chapitres du point de vue de Lena. En fait, Rebecca Lowman ne lit que la deuxième partie (il y en a trois), qui est complètement axée sur Lena, et le dernier chapitre.

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