Le livre de Dina

L'ouvrage:
Enfant, Dina a accidentellement ébouillanté sa mère, ce qui l'a tuée. Cet événement décidera de la direction que prendra Dina.

Critique:
J'ai longtemps hésité à lire ce roman, ayant trouvé «Trilogie de Tora» très dur. «Le livre de Dina» l'est également, mais les choses sont différentes. Tora aspire au bonheur, et ne parvient pas à se débarrasser de ce qui cause son malheur. On la plaint et on a envie de la protéger. Dina est toute autre. Elle apprend très vite qu'on ne peut véritablement compter que sur soi-même, et en tire ses conclusions. Elle finit par s'adapter seule à la mort de sa mère. On la laisse pousser comme une mauvaise herbe, faire ses caprices (parce qu'on ne l'aime pas assez pour avoir la patience de l'éduquer). Globalement, elle s'en sort plutôt bien, et on ne peut que comprendre (sans excuser) certains aspects de son caractère. Intransigeante, obstinée (voire capricieuse), Dina est également nimbée d'une aura particulière. Charismatique, dotée d'un solide bon sens, ne s'en laissant pas conter, la jeune fille ne peut qu'interpeller le lecteur. Herbjørg Wassmo a créé un personnage creusé, solide, épais, profond. Un personnage qui recèle certaines zones d'ombre.

Le style de ce roman est assez particulier. Par exemple, parfois, les personnages parlent d'eux-mêmes ou s'adressent à un autre à la troisième personne du singulier. Cela arrive dans certains moments de tension où les choses ne sont pas forcément faciles à dire. Le roman est parsemé d'images poétiques, et certains de ses aspects évoquent le conte. Dina rappelle parfois une sorcière, notamment parce qu'elle «voit» les morts de son entourage, et qu'elle paraît deviner beaucoup de choses quant à ses semblables. En outre, on dirait qu'elle peut décider d'influer sur les sentiments des uns et des autres. Je pense ici à Thomas. Je n'ai pas trouvé très convaincant qu'il finisse par accepter la proposition de Dina, et fasse davantage que s'accommoder de son sort. J'ai même trouvé cela indigne d'un auteur comme Herljørg Wassmo, car c'est quelque chose qu'on trouverait dans des romans de Danielle Steel. Seulement, si on voit cette partie comme un conte, l'angle de vue change, et on peut comprendre et accepter le comportement de Thomas.
De plus, des formules reviennent tels des refrains, comme dans certains contes. Par exemple: «Je suis Dina.», phrase qui annonce de petits passages presque incantatoires.

L'auteur s'est amusée à rassembler des personnages très différents, dont on pourrait parier qu'ils ne s'entendraient pas. Il y a d'ailleurs quelques frictions, au départ. Pourtant, chacun finit par prendre le positif chez les autres. La romancière parvient à faire en sorte que cela ne soit pas incongru, car cette entente ne signifie pas que les relations sont toujours faciles.

J'ai été déçue par la fin. Non à cause de ce qu'on apprend (on s'en doute depuis un moment), mais parce que je suis restée sur ma faim. Quelque chose se passe, et on se demande comment Dina va gérer un paramètre imprévu. Cette fin est ouverte, mais à ce stade, je pense que ce n'est pas au lecteur de décider, il aurait fallu que l'auteur l'écrive. Là, j'ai plutôt le sentiment qu'Erbjørg Wassmo elle-même ne savait pas ce que ferait Dina.

Éditeur: Gaïa.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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