Le goût du bonheur, tome 3: Florent

Ne lisez pas cette chronique si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes de la série.

L'ouvrage:
Juin 1949.
Adélaïde doit faire face au coup qui la frappe. mais si elle est la plut touchée, elle n'est pas la seule à souffrir. Grâce à l'amour des siens et à son travail, la jeune femme va tenter de se reconstruire.

Critique:
Comme je m'en doutais, la mort de Nick m'a rendu ce troisième tome fade. Ce personnage dent le charisme ne me gênait pas (à l'inverse de celui, plus tapageur, d'Adélaïde), était, avec Florent, celui auquel je m'étais le plus attachée.

D'autre part, l'une des conséquences de cette mort est qu'il va bien falloir qu'Adélaïde trouve une personne avec qui assouvir son insatiable appétit sexuel. Et bien sûr, la romancière (pas finaude pour deux sous), a introduit (si j'ose m'exprimer ainsi) celui qui remplira cet office dans le tome 2. J'ai tout de suite que ce serait lui. Bien sûr, Marie Laberge ajoute quelques complications: ils ne vont pas se mettre tout de suite ensemble, il faut bien remplir des pages. Je trouve quand même décevant qu'Adélaïde remplace si vite Nick. On me dira qu'elle ne le remplace pas vraiment (au vu de certaines de ses réactions), et qu'il fallait s'en douter la connaissant. Certes, mais d'une manière générale, je trouve que ce beau monde se console très vite de ses pertes. Si les histoires d'amour me semblaient un peu trop présentes dans le tome 2, que dire du tome 3?! Ça se cherche, ça se jure un amour éternel juste avant de se tromper... La fille du couple qui agit ainsi, une fois qu'ils sont ensemble, ne veut pas d'enfants, mais ne prend pas toujours les précautions nécessaires, alors qu'elle est avertie, et après, ça pleure et ça se désole... En outre, malgré son indéfectible amour pour celui qu'elle a déjà trompé, elle flirte (et aurait sûrement allègrement sauté le pas) avec son patron. Moi qui me plaignais de retrouver un peu de Monsigny dans le tome 2, ici, on est en plein dedans! On dirait que ces gens ne peuvent être heureux qu'en couple. Que dire de Rose qui se transforme en poule pondeuse? On me dira que c'est dans son tempérament. Peut-être, mais à ce point... Et puis son mari l'aime, mais il ne lui vient pas à l'idée de lui proposer une méthode contraceptive fiable. Certes, les moeurs sont encore frileuses à ce sujet, mais Edward le faisait bien, dans les années 30.

Quant à Florent, je trouve que ce qui lui arrive n'est pas très crédible. Pendant les trois quarts du roman, il jure ne pouvoir aimer personne d'autre que Nick, et soudain, il en aime éperdument un autre... Je ne dis pas que c'est mal, mais les choses auraient pu être plus subtiles. L'auteur a peut-être voulu montrer que Florent acceptait enfin son homosexualité, mais elle y va avec de gros sabots.

Adélaïde ressemble à une héroïne de romans Harlequin: belle, indomptable, fougueuse, impétueuse, femme de pouvoir. Tout le monde l'admire, les hommes l'aiment ou la désirent, rien ni personne ne lui résiste, elle fait ce qu'elle veut de tout et de tous... Elle est très agaçante.

La romancière ramène Pierre sur le devant de la scène. J'ai compris pourquoi il était ainsi: les circonstances de sa vie sont difficiles, et on peut penser que son esprit n'est pas assez fort pour faire avec. L'auteur l'a assez bien décrit comme fragile, et la façon dont il tourne est crédible. Mais là encore, elle en fait trop, notamment avec ce que Pierre fait à Béatrice. Si l'égarement du garçon peut se comprendre, c'est l'événement en lui-même qui est un peu gros.

Reine est crédible. Depuis le début, ce personnage évolue beaucoup. À un moment (dans le tome 1), elle montre son potentiel. À ce moment, Reine est à la croisée des chemins. Le reste de sa vie évolue en fonction de ce qu'elle a semé.

J'ai apprécié l'évolution des relations entre Isabelle et Maurice, mais depuis ce qui leur arrive dans le tome 2, je trouve leur situation un peu absurde. La romancière leur invente des actes et des réactions qui ne vont pas vraiment avec ce qu'ils sont.

Léa et Aaron trouvent grâce à mes yeux parce qu'ils réfléchissent et sont tolérants.

D'autre part, il y a deux incohérences. Adélaïde souhaite faire payer le docteur Taylor pour ce qui est arrivé. Tout le monde lui démontre qu'elle n'a aucune preuve. Soit, mais pourquoi personne (même pas elle) n'a parlé de la faute professionnelle commise par Taylor? En effet, c'est lui qui devait aller chercher la malle de Kitty, et c'est elle qui est venue. Ce qui nous amène à la seconde incohérence: l'arme du crime était dans la malle de Kitty. Comment se fait-il que personne n'ait eu le bon sens de fouiller cette malle pendant tout le temps où elle est restée chez les McNealy? Certes, fouiller les affaires d'autrui n'est pas reluisant, mais au moins trois personnes de la maison savaient que Kitty était dangereuse. Je trouve dommage que Marie Laberge n'ait pas terminé son tome 2 autrement, et ne se soit pas abstenue du tome 3. Ou alors, elle aurait dû le construire de manière aussi fine et intéressante que le 1.

Si vous aimez les auteurs comme Danielle Steel et Belva Plain, ce tome 3 vous plaira. N'ayant pas retrouvé ce que j'ai trouvé dans les deux autres, j'ai été très déçue.

Remarque annexe:
J'ai apparemment dû m'embrouiller concernant Lionel. Il me semblait qu'il était francophone et qu'à un moment (tome 2), Florent lui apprenait l'anglais. Sauf que plus tard (tome 3), l'auteur le dit anglophone. Il apprenait donc le français avec Florent?

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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