Le goût du bonheur, tome 1: Gabrielle

L'ouvrage:
Québec, années 1930.
Gabrielle est mariée à Edward Miller. Ils ont cinq enfants. À l'heure où les mariages arrangés sont monnaie courante, où le devoir conjugal passe avant le bonheur, ce couple détonne car il s'aime.

Critique:
À travers ses personnages et les événements qu'ils vivent, Marie Laberge décrit une société, des moeurs, des mentalités. C'est d'abord représenté par des personnages comme Gabrielle et Adélaïde. Elles écoutent leur coeur, et font ce qu'elles croient être juste. Gabrielle ira loin (ce qui lui posera des problèmes de conscience) pour cela. Elle s'interroge beaucoup sur ce que l'église prône (elle est pieuse), et sur ce que montrent les faits. Elle se rend compte qu'elle doit transiger, que rien n'est aussi simple que ce que dit l'église, et les contradictions que cela engendre dans son esprit sont très intéressantes.
Quant à Adélaïde, je pense qu'elle serait capable d'aller plus loin que sa mère tant elle est combattive, droite, et éprise de justice.

Les conversations entre Edward et Gabrielle sont également sources de réflexion. Outre que leur complicité transparaît à chaque fois (même lorsqu'ils s'affrontent), ils abordent certains sujets de manière intéressante.
Quant aux événements, je ne pourrai en citer trop pour ne pas en dévoiler, mais certains grands tournants sont incontestablement ce qui arrive à Denise, ce qui arrive plus tard à la famille de Florent, le centre de Gabrielle et ce qu'il s'y passe... Tout cela fait que les personnages apprennent la vie.

Ces personnages sont d'ailleurs très réalistes. D'abord parce qu'ils ont un caractère assez fort, mais aussi parce que certains évoluent. La romancière n'a pas créé des protagonistes figés, mais ils ne changent pas non plus du tout au tout.
Germaine est assez intéressante, parce qu'elle souhaite se fondre dans le moule, mais parfois, elle n'y parvient pas. Plus scrupuleuse que Gabrielle, elle a du mal à concilier sa nature et son envie d'être conforme à ce qu'attend la société.
Quant à Georgina, elle est à la fois exaspérante et amusante. Elle est quand même assez complexe, car elle souhaite être vue comme irréprochable, mais ne peut s'empêcher d'avoir de mauvaises pensées. Sous sa futilité, se cache une âme tourmentée. Elle n'a pas du tout éveillé ma compassion, à l'inverse de Germaine.

Une chose m'a un peu déçue, car je trouve qu'elle désavantage le livre en lui ajoutant une part de convenu, étant donné que cette chose se retrouverait dans un mauvais roman à l'eau de rose. Je parle du sentiment de Nick pour l'un des personnages. Ce n'est pas pour cela que le personnage de Nick ne m'a pas plu. Il est complexe, ses défauts et faiblesses l'humanisent. J'en ai plutôt voulu à l'auteur de lui faire éprouver cela, car c'est cliché, et pour moi, cela le souille un peu.

Les trois quarts du roman sont lumineux, malgré certains éléments graves ou tristes. Tendresse et courage, mais aussi verve et humour se dégagent de cette histoire servie par une écriture alerte et des répliques justes. Le dernier quart est plus sombre, plus dur que le reste, d'abord à cause de la guerre, mais aussi parce que des événements assez graves arrivent. Ce tome s'achève sur un événement que je voyais venir depuis un moment...

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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