Le faon

L'ouvrage:
Eszter est une comédienne célèbre. Elle semble avoir une belle vie. C'est alors qu'elle se raconte. Tout son mal être a pris racine dans une enfance tourmentée entre des parents ruinés qui se raccrochaient l'un à l'autre. La petite Eszter focalisera sa haine sur Angela, une enfant choyée, ressemblant à une poupée.

Critique:
J'ai souvent du mal à adhérer aux romans qui sont structurés comme «Le faon». En effet, la chronologie n'est pas absolument respectée. Eszter commence bien par son enfance pour finir par son présent, mais elle ne cesse de louvoyer entre passé, passé proche, suppositions sur l'avenir, et présent. Elle fait des remarques que le lecteur devra se remémorer afin d'assembler tout le puzzle de sa vie. Cette structure donne une impression brouillonne.
Cependant, je sais qu'en ce qui concerne «Le faon», mon reproche n'a pas lieu d'être. La structure m'a gênée, mais elle ne pouvait être autrement. D'abord parce que cela semble plus naturel. Quelqu'un qui se raconte ne va pas forcément tout agencer dans l'ordre. Par ailleurs, cette façon de faire appelle les remarques sur le présent et les suppositions sur l'avenir. Magda Szabo maîtrise parfaitement son récit. Rien n'est laissé au hasard, malgré les apparences.

Eszter parle seule. De ce fait, il n'y a pas d'action à proprement parler. Elle raconte sa vie, il y a donc des personnages qui «gravitent» autour d'elle, mais uniquement parce qu'elle en parle, on ne les voit pas vraiment. Cette manière de faire est risquée, à mon avis, car le caractère statique de la situation peut agacer le lecteur. Cela n'a pas été mon cas parce que j'ai été immergée dans les mots de la narratrice, dans le flot des souvenirs qu'elle déverse précipitamment, avec, parfois, une rage et une fureur dont elle finit par être l'instrument.

La jeune femme inspirera à la fois compassion, crainte, et dégoût. L'enfant solaire se transformera en une boule de haine. Cela troublera son jugement. Elle sait que rien n'est parfait pour Angela, pourtant, elle voit seulement que ceux qui l'entourent s'occupent d'elle. Pendant ce temps, elle devra supporter la pitié gluante de sa tante Irma, et l'indifférence de ses parents déchus.
Le faon est le premier être sur lequel la jalousie haineuse d'Eszter se portera. C'est un tournant de son enfance, car c'est le premier «objet» qui fait qu'elle agira contre elle-même. Comme si ces sentiments négatifs étaient une force supérieure qui la guident et la guideront toute sa vie.

La comédienne se livre sans complaisance. Maintenant, elle a le recul nécessaire pour se montrer dans toute sa complexité, son égarement. Elle ne cherche pas à dissimuler, comme elle le fit auparavant. Elle sait qu'elle est victime de non-dits, de malentendus qu'elle a elle-même créés. Alors, elle se dévoile.
Outre une intrigue maîtrisée, un personnage très fort, et des événements marquants, Magda Szabo construit son livre en forme d'énigme. À qui donc l'héroïne s'adresse-t-elle? Petit à petit, on découvre qu'elle écrit à une personne précise, puis on apprend qui est cette personne, etc. Jusqu'à la fin, le lecteur découvre des choses dont certaines sont préparées par de petits apartés de la narratrice.

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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