Le diable dans la tête

L'ouvrage:
Suzanne a souvent des migraines.
Parfois, elle s'amuse à transpercer l'abdomen des hannetons.
Elle aime bien se promener presque nue dans son appartement.
Parfois, elle voit quelqu'un, et le prend pour quelqu'un d'autre. Elle réalise son erreur en entendant la voix de son interlocuteur.
Un jour, un médecin l'a examinée, et a dit à son mari qu'il faudrait être patient, et que Suzanne guérirait...

Ce jour-là, le mari de Suzanne, Paul, est absent. Quelqu'un sonne chez Suzanne. Celle-ci ouvre la porte en petite tenue, et croit reconnaître Paul. Elle commence alors à se presser contre lui, et se rend compte que ce n'est pas Paul. Prise de panique, elle frappe l'inconnu avec le premier objet qui lui tombe sous la main. L'homme tombe, ne bouge plus... Suzanne est saisie d'effroi: aurait-elle frappé trop fort? Il ne faut surtout pas prévenir la police, sinon, Suzanne pourra dire adieu à sa liberté.

Critique:
J'aime beaucoup Pierre Salva, à propos de qui on trouve peu de renseignements sur internet. Ses romans sont souvent concis et percutants. Celui-ci ne fait pas exception.

Nous suivons Suzanne dans une espèce de labyrinthe. Une seconde de panique lui fait faire quelque chose, et le reste s'enchaîne sans qu'elle puisse arrêter la machine en marche. Bien sûr, une personne saine d'esprit aurait pu tout arrêter en faisant quelque chose de sensé, mais Suzanne est malade. En outre, elle sait que si elle est prise à faire un faux pas, sa liberté lui sera ôtée. C'est pour cela qu'elle agit comme elle le fait.

Au long du roman, Suzanne est confrontée à d'autres personnages, qui, eux, sont équilibrés mentalement. L'auteur sait très bien rendre l'abîme qui sépare ces gens de Suzanne. En outre, le lecteur étant préconditionné par les paramètres donnés par Suzanne, il raisonne comme elle, et n'est pas tellement surpris lorsqu'elle récidive.

De temps en temps, le lecteur se dit quand même que certaines choses ont été trop vite admises. Comment se fait-il que Suzanne possède une telle force? (Je n'en dis pas plus pour ne pas trop vous mettre sur une piste.) Mais il n'a pas vraiment le temps de s'appesantir sur cette question, d'autant que les événements l'incitent à ne pas la creuser.

A la fin, l'auteur joue à nouveau sur le contraste entre ce qui se passe dans la tête de Suzanne et la réalité. Le dénouement pourrait être banal, mais on est tout de même surpris à cause du personnage de Suzanne dont notre esprit est imprégné. Le fait que presque tout soit raconté de son point de vue fait que cette histoire n'est plus banale. La façon de raconter est donc plus importante que les faits.

Une chose m'a agacée: le bébé est toujours appelé «le bébé«. Suzanne l'appelle «poussin«, mais on ne connaît pas son prénom. Il est presque réifié. C'est peut-être intentionnel de la part de l'auteur.
D'autre part, un fait est un peu gros: ce qui arrive au personnage qui «tombe« du balcon. Ici, on tique un peu, mais on pardonne ce petit détail à l'auteur qui, par ailleurs, a su créer un roman haletant, et un personnage dans la peau duquel nous entrons très bien, et dont nous partageons les angoisses.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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