Le dévouement du suspect X

L'ouvrage:
Yassuko Anaoka est harcelée par son ancien mari. Un soir qu'il va trop loin, elle le tue. Son voisin, Ishigami, amoureux d'elle, lui propose de l'aider afin qu'elle ne soit pas soupçonnée.

Critique:
Le pari était risqué. En effet, dès le départ, le lecteur sait qui a tué. Le L'auteur prend donc le risque de l'ennuyer en décrivant les tâtonnements de la police. C'est d'ailleurs ce qui arrive sur quelques chapitres, mais ce n'est pas très long. Keigo Higashino parvient à créer des rebondissements assez inattendus pour surprendre son lecteur. En outre, la personne qui «tient les ficelles» (si on peut dire), manipule habilement la vérité, se servant des faits et de ses sentiments pour créer une machine diabolique, sans failles, impossible à démanteler. Le romancier a minutieusement et soigneusement pensé son roman. Rien n'est laissé au hasard. En général, dans un roman de ce genre, l'auteur laisse quelques incohérences, sa machine n'est donc pas si bien huilée que ça. Ici, il n'est pas question de cela. Une question reste, mais l'absence d'éclaircissement à ce propos ne fait pas que l'énigme est mal conçue. C'est une chose que l'auteur aurait dû expliquer, et qui arrive vers la fin. Bien sûr, le lecteur peut trouver une explication, mais j'aurais aimé que ce point soit clair.

Le personnage d'Ishigami est le plus intéressant, car l'auteur montre un esprit extrêmement fin, un personnage complexe, allant au bout de lui-même. Il est également intéressant de voir une intelligence égale à la sienne l'affronter.
De manière tout à fait irraisonnée, je n'ai pas apprécié Kudo. Je l'ai trouvé trop sûr de lui, trop prompt à vouloir séduire Yassuko. Je ne l'ai pas trouvé épais. J'aurais aimé que l'auteur crée un personnage plus complexe, qu'il serait moins facile de ne pas aimer, cela aurait donné davantage de profondeur à ce roman. Il est déjà très bien, car l'auteur creuse savamment la psychologie des personnages principaux. Pour parfaire son livre, il aurait pu creuser Kudo.
La toute fin est très bonne: elle semble abrupte, mais elle n'est pas bâclée.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Geneviève Glenck pour la Bibliothèque Sonore Romande.
À certains moments, des passages (lettres, conversations qu'on entend de loin) sont en italique. Je trouve dommage que la lectrice ait signalé, à chaque fois: «Début du passage en italique.» puis «Fin du passage en italique.» Cela alourdit le texte, à mon avis. L'auditeur se rend bien compte de la teneur du passage: savoir qu'il est en italique ne lui apporte rien. Pour moi, c'est la même chose que lorsqu'un morceau de phrase est entre parenthèses. Le lecteur ne le signale pas, idem pour la ponctuation du dialogue. C'est très bien ainsi, et je pense qu'il faudrait faire pareil pour les passages en italique, quitte (si on a peur que l'auditeur s'y perde) à insérer une note en début d'ouvrage expliquant la teneur de ces passages.

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