Le labyrinthe des esprits

L'ouvrage:
Barcelone, 1959. La police doit retrouver un ministre disparu. Le personnage étant haut placé, plusieurs branches doivent collaborer. C'est ainsi qu'Alicia Gris, bientôt trente ans, se retrouve lancée dans cette enquête. Elle doit donc retourner à Barcelone où elle a passé une partie de son enfance, où elle a perdu ses parents, où elle a été blessée lors d'un bombardement... Son enquête l'amènera à croiser les patrons de la librairie Sempere et fils.

Critique:
Quelle joie cela a été pour moi lorsque j'ai su que ce titre sortait chez Audiolib, interprété par le comédien si talentueux qui a enregistré les trois autres tomes de la série! Mon attente n'a pas été déçue. Ce roman est aussi savoureux que les trois autres. Dès que j'ai lu la durée (plus de vingt-huit heures), j'ai pensé: «Hmmm, cela ne va pas être assez long.» En effet, outre le bonheur de retrouver des personnages appréciés, je me suis replongée avec plaisir dans l'écriture de Carlos Ruiz Zafón: précise, fine, installant une ambiance très réaliste. À la fin de l'ouvrage, je n'ai pu que constater que ma prédiction était juste: on n'a jamais assez des Sempere, de Fermín, et des intrigues passionnantes (qui s'entremêlent et se recoupent) créées par l'auteur.

Alicia est un des personnages que nous découvrons dans ce roman. Ayant eu une enfance chaotique, elle est tourmentée, voire torturée, et a fini par se persuader (non sans qu'une certaine personne l'y pousse) qu'elle ne pourrait jamais prétendre à une vie paisible. Son caractère et son passé expliquent cela. J'ai ressenti de la compassion pour elle. Elle n'est pas toujours aimable, et se pense dangereuse pour ceux qui mènent une vie sans heurts. Au long du roman, elle n'est pourtant pas si odieuse. Certes, il lui arrive d'être revêche, et elle s'imagine entraînant ceux qui s'aventureraient à l'aimer là où la projettent ses démons intérieurs. Il lui arrive également... de tuer. Cependant, Alicia se remet souvent en question. On ne pourra s'empêcher de la comparer avec d'autres personnages du roman (que je ne citerai pas pour ne pas trop en dire) et qui sont bien plus détestables parce qu'ils prennent plaisir à dominer, rabaisser, torturer...

J'ai aimé côtoyer à nouveau Daniel et Béa. Daniel se rend bien compte du rôle que veut lui assigner Fermín (celui-ci ne cesse de le clamer), et comprend qu'il vaudrait peut-être mieux qu'il endosse ce rôle plutôt que celui du vengeur. Fermín imagine Daniel comme un petit garçon fragile qui, sous le coup de la colère et de la douleur, pourrait mal agir. Je le vois un peu comme ça, moi aussi, mais je comprends qu'il souhaite savoir. Je préfère que l'auteur ait orienté les choses comme il l'a fait à ce sujet.

Le roman ne souffre d'aucun temps mort. Si les intrigues semblent labyrinthiques (comme l'annonce le titre), rien n'est laissé au hasard, tout se tient. Parallèlement à ce que vivent les personnages, l'auteur crée une atmosphère entre merveilleux, fantastique, et gothique, avec les romans de Víctor Mataix racontant les aventures d'Ariadna. Parfois, alors que les personnages se débattent avec les horreurs qui leur tombent dessus, Carlos Ruiz Zafón sort Fermín de son chapeau. Alors, celui-ci égaie et allège l'ambiance, tout en prenant très bien la mesure des événements. Par exemple, lorsque Fermín, Fernandito et Alicia sont dans le taxi, la situation est critique. Fermín le sait parfaitement, et cela le touche énormément. Donc, il fait son possible pour y remédier au plus vite, tout en abreuvant le chauffeur de taxi de répliques et de considérations pleines d'humour. Que serait cette série sans la gouaille et le bon sens de l'incomparable Fermín? Il y manquerait quelque chose d'important.

Il m'a plu de retrouver Isabella pour un petit moment. J'ai apprécié d'en apprendre un peu plus sur elle. J'ai aussi aimé découvrir certaines choses, dont l'une était prévisible, même si je ne voulais pas spéculer là-dessus.

Une question me reste concernant David Martin. Je me la pose depuis «Le jeu de l'ange», et ici, elle ne trouve pas de réponse. Il y a une petite explication (donnée dans «Le prisonnier du ciel» et renforcée ici), mais il me manque un morceau.
Pour moi, une autre question reste sans réponse. Elle concerne Salgado. On peut admettre que la chose ait pu arriver, mais j'aurais aimé savoir comment.

Je ne connaissais pas du tout l'existence des faits que révèle l'enquête d'Alicia et de Vargas. Je ne sais pas si l'auteur s'est appuyé sur des événements réellement arrivés.

J'ai beaucoup aimé que Carlos Ruiz Zafón prenne le temps de faire une fin détaillée, de donner le plus d'explications possibles concernant ses personnages, de les montrer après les événements de 1959-1960. Il nous permet, entre autres, de découvrir Julián Carax sous un autre jour: plus posé, moins tourmenté, se consacrant beaucoup à l'écriture... J'exagère un peu quand je dis qu'il est moins tourmenté. Disons plutôt qu'il gère mieux ses peines. Il sait qu'il ne peut pas revenir sur ses erreurs, en souffre, et tente de vivre au mieux avec cette douleur.

Avant de lire «Le labyrinthe des esprits», j'ai relu les trois autres tomes de la série. Cela m'a permis de me les remettre en tête. Pour moi, ces livres doivent se lire d'une traite. Ainsi, on appréhende mieux les différentes intrigues, et on comprend mieux les clins d'oeil qu'il y a des uns aux autres. Malgré l'ordre de publication des livres, malgré le rappel que fait Julián Sempere à la fin de «Le labyrinthe des esprits», je persiste à penser qu'il faut lire «Le jeu de l'ange» en premier, puis «L'ombre du vent». Ensuite, viennent «Le prisonnier du ciel» et «Le labyrinthe des esprits». Je dis cela à cause de la chronologie des faits. «Le jeu de l'ange» se termine dans la première moitié des années 30. Certes, l'épilogue se passe en 1945, mais les autres tomes permettent très facilement de le situer par rapport aux événements qu'ils racontent. De plus, «L'ombre du vent» commence en 1945. On me dira que dans les trois autres tomes, il y a quelques retours en arrière. C'est vrai, mais ils sont là pour expliquer des choses posées soit dans «Le jeu de l'ange» soit dans les premières parties de «L'ombre du vent». Celui qui est dans «Le labyrinthe des esprits» explique comment un personnage connaissait Alicia. On n'en a donc pas vraiment besoin avant. De plus, tous les retours en arrière se passent après «Le jeu de l'ange» (1938, 1939) ou commencent peu avant la fin des événements racontés dans ce roman (1933).
D'autre part, si on commence par «L'ombre du vent», on sait tout de suite ce qui est arrivé à un personnage qu'on découvre dans «Le jeu de l'ange». Je trouve cela dommage.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédéric Meaux.

J'apprécie toujours autant le jeu de Frédéric Meaux. Il sait très bien modifier sa voix pour certains rôles sans que cela soit exagéré. Il joue parfaitement les diverses émotions des différents personnages. Que Daniel soit désoeuvré, que Fermín fasse part de son opinion sur tel ou tel sujet, que Fernandito frétille d'aise à l'idée de participer à l'enquête, que Béa tente (de manière douce, posée, mais également amusée) de ramener le calme après une ou plusieurs remarques de Fermín, que les tortionnaires soient froids ou mielleux, la voix et le ton du comédien sont naturels, son jeu est excellent. Il semble à l'aise en toute situation, et son interprétation fait vivre chaque personnage. Je regrette seulement qu'il prononce certains noms propres en faisant un accent espagnol, ce qui, pour moi, fait moins naturel. Enfin, je trouve dommage que personne (absolument personne) ne lui ait dit qu'en espagnol, «gue» et «que» se disent comme en français, on ne prononce pas le «u». Si on veut prononcer «Miguel» à l'espagnole, on ne dit pas «Migouel». Idem pour «Raquel», etc. Je suis toujours déçue quand j'entends un comédien faire cette erreur, parce que je trouve indispensable que la personne qui dirige les comédiens lors des enregistrements sache ce genre de choses. Ce n'est pas la première foi que je rencontre cela, et je suis extrêmement agacée que l'erreur ait pu être commise. On sait prononcer correctement «que» et «gue» en espagnol quand on a étudié cette langue, ne serait-ce qu'au collège.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en plusieurs pistes, et beaucoup d'autres sont rassemblés par trois ou quatre sur une seule piste.

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