Le chant du canari

L'ouvrage:
Anne-Frédérique Rochat nous fait partager le quotidien d'un couple: Anatole et Violaine.

Critique:
J'ai un peu hésité avant de lire ce roman, car j'avais été un peu déçue par «Accident de personne», du même auteur. Sans le trouver mauvais, je l'avais jugé tiède. Pour moi, «Le chant du canari» est bien plus abouti. En très peu de pages, dans un style vif, précis, parfois doux et coloré, la romancière nous entraîne dans la vie de ce couple à travers les yeux de Violaine. On pourra commencer par la trouver un peu snob: elle n'aime pas le vieux pyjama d'Anatole, elle n'aime pas qu'il néglige son apparence, etc. Puis l'auteur ouvre d'autres brèches. À tel point qu'on se demande pourquoi Violaine ne quitte pas Anatole. La jeune femme répond rapidement à cette question. Cela permet à l'auteur d'exposer et d'analyser un phénomène qui se produit souvent dans notre société: ceux qui restent ensemble pour de mauvaises raisons, principalement parce que ces personnes ne veulent pas être seules. Cela engendre des tensions et des frustrations que l'auteur décrit très bien, décortiquant plusieurs situations de la vie de ce couple. Par exemple, Violaine déteste une tasse offerte par Anatole. Au lieu de le lui dire, elle jure qu'elle l'adore, puis la brise.

Quant aux rapports de nos héros avec leurs parents, ils ne sont pas vraiment francs. Violaine et sa mère voient même leurs rencontres comme leur devoir... Il est assez étrange de constater que Violaine, qui n'aime pas son concubin, et qui n'est pas toujours bien avec sa mère, pense qu'avoir un enfant serait le comble de la félicité.

Outre ce phénomène très bien analysé, l'auteur s'attaque à quelque chose de plus épineux. Elle prend un pari risqué. En effet, à la fin du roman, on se rend compte que deux interprétations sont possibles. C'est alors qu'on repense à l'ensemble du récit, aux faits, à la manière dont ils ont été vécus par les protagonistes... et on ne peut trancher. Violaine semble faire pencher la balance de son côté en clamant qu'il reste un fait inexpliqué. Cependant, le lecteur un peu malin l'expliquera. Autre chose s'explique un peu plus difficilement, mais on peut également apporter une réponse qui satisferait les deux théories... Je pense que l'auteur a accompli là un véritable tour de force. En effet, je ne suis pas parvenue à la prendre en défaut. Il faudrait maintenant que je relise le roman en y cherchant justement telle ou telle preuve, mais je pense sincèrement que tout a été très justement travaillé, que rien n'a été laissé au hasard.

Mention spéciale au vieil homme propriétaire d'un poisson rouge en plastique que rencontre Violaine le jour de son anniversaire. La façon dont celle-ci le rencontre, puis ce qui arrive ensuite le rapproche un peu d'un grand-père de contes. D'un autre côté, les considérations de notre héroïne avant qu'elle ne s'en aille de chez lui le rendent plus trouble. Tout comme l'ensemble du roman, ce personnage semble avoir deux facettes. Bien sûr, la seconde ne repose que sur une théorie de Violaine qui ne s'appuie sur rien de concret.

Éditeur: Wilquin.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Le chant du canari » sur Amazon