Le caveau de famille

Note: Si vous n'avez pas lu «Le mec de la tombe d'à côté», il vaut mieux ne pas lire cette chronique.

L'ouvrage:
Benny et Désirée ont trois soirs pour tenter de faire un bébé. Si cela n'aboutit pas, ils ne doivent plus se revoir. Pourtant, chacun ne peut s'empêcher de penser à l'autre. Chacun ne se voit pas faire sa vie sans l'autre.

Critique:
Il était très risqué d'écrire une suite, surtout après le succès de «Le mec de la tombe d'à côté». En outre, certaines suites sont souvent insipides, car écrites après que le tome 1 a été très apprécié.
Pour moi, Katarina Mazetti a brillamment relevé le défi. J'ai d'abord retrouvé l'ambiance du premier livre avec plaisir. Ensuite, le magnétisme des deux personnages principaux a opéré. L'auteur a su leur faire dépasser un cap, et à ce qu'ils restent crédibles. J'avais peur qu'à partir du moment où leur situation change, ils ne soient plus eux-mêmes. Cela aurait révélé des personnages peu épais.

Au début, certaines choses m'ont un peu agacée: par exemple, Benny et Désirée semblaient en désaccord sur à peu près tout, sauf le sexe. ;-) Or, il est vrai qu'on ne peut pas toujours s'entendre sur tout, mais là, je trouvais ça un peu exagéré, car une relation où il y a trop de divergences d'opinions sur trop de sujets et de façons de faire n'est pas viable.
Et puis, l'auteur finit par «réajuster» ses personnages, et tout passe beaucoup mieux.

Dans le tome 1, je trouvais Désirée très intransigeante, il me semblait qu'elle ne faisait pas de concessions. Ici, les rôles s'inversent quelque peu. À mon sens, c'est même elle qui fait davantage de concessions. Elle se retrouve complètement happée par sa nouvelle vie. On l'imagine mal s'adaptant à une vie qui est en opposition totale avec ce à quoi elle aspire. Pourtant, elle y parvient tout en continuant d'être elle-même, en n'abandonnant pas ses rêves, même si elle doit mettre certains projets en attente. C'est un personnage positif, au final.
Il semble que Benny la comprenne moins que dans le tome 1.
J'ai aimé la confrontation des points de vue sur les différents travaux que doit effectuer chacun. Là encore, Désirée m'a semblé plus souple.
D'autre part, elle découvre des aspects positifs où elle n'aurait pas cru en voir. J'ai trouvé cela bien. Elle se révèle davantage ouverte que ce que le tome 1 laissait entrevoir, et même davantage que ce qu'elle pensait. Globalement, l'histoire est réaliste. Tout ce qui arrive et la façon de réagir de chacun est crédible.

L'auteur raconte des événements ordinaires qui arriveraient à n'importe qui dans ce genre de situation. Et pourtant, la magie est là: l'histoire, les personnages, les questions soulevées par cette cohabitation explosive, tout m'a plu. Même lorsque nos deux héros s'enferrent dans une routine prévisible, je croyais en eux, et chaque événement était nouveau pour moi, même s'il pouvait paraître attendu. Je trouve ça fort de la part de l'auteur.
La dernière intervention de Désirée est très réussie, car elle m'a fait rire et stressée à la fois! J'ai ri en tant que spectatrice, et stressé en me mettant à la place de Désirée.

Cet été, j'ai discuté du tome 1 avec quelqu'un qui venait de le lire. Alors que j'en disais du bien, il m'a fait remarquer à quel point la fin était, en fait, détestable. Effectivement, vouloir faire un enfant de manière tout à fait égoïste, juste pour avoir un enfant, et l'élever seule, ou pour qu'il voie son père tous les week-ends, c'est affreux. Il n'y a qu'à voir tous les enfants emportés dans la tourmentes de séparations de parents. Donc, vouloir un enfant en pensant qu'on l'élèvera peut-être seule, en ne pensant pas au bien-être de l'enfant, c'est méprisable. D'habitude, je suis la première à blâmer les personnes agissant ainsi. Je me suis donc demandé pourquoi, cette fois-ci, j'avais trouvé cela bien. Parce que pour moi, Désirée ne voulait pas seulement un enfant de Benny. Elle voulait Benny, elle voulait fonder une famille avec lui. Comme elle se sentait incapable de quitter sa vie citadine, et que Benny ne voulait pas quitter sa ferme, elle a couplé son envie d'avoir un enfant avec son envie d'avoir Benny. Dans ma tête, elle ne le savait pas vraiment, c'était inconscient, mais c'était ça. C'est, je pense, ce genre de raisonnement qui a vraiment donné vie aux personnages. S'ils étaient capables de faire des choses inconsciemment, de prendre un chemin tortueux pour parvenir à un résultat souhaité (car aucun d'eux ne laisserait son enfant grandir loin de l'autre, c'était une certitude pour moi), cela faisait d'eux des personnages agissant comme de vraies personnes.

Le seul reproche que je ferai, c'est que le livre se termine trop vite! J'étais si bien avec les personnages! j'étais si contente de partager leur vie et ses aléas. J'aurais voulu que cela dure trois fois plus longtemps. Je n'étais pas prête à les quitter... Je sais qu'un tome 3 est inenvisageable, car l'auteur ne peut pas broder indéfiniment des pages sur la vie du couple infernal.

J'ai l'impression de n'avoir pas assez parlé du livre, mais je me rends compte qu'il est très dur à chroniquer sans être dévoilé. D'ailleurs, j'ai été obligée d'en révéler une partie...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marielle Ostrowski, Michelangelo Marchese, et Cécile Florin. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

Je pense que j'ai facilement retrouvé la magie du tome 1 parce que j'avais beaucoup aimé la prestation des deux comédiens. Là encore, ils n'ont pas démérité. Il me semble que le jeu de Marielle Ostrowski s'est même amélioré. J'espère que ces deux comédiens enregistreront souvent des livres, car ils ont des voix très agréables, et du talent.
Je ne connaissais pas Cécile Florin. Je n'ai pas vraiment apprécié son jeu. À sa décharge, elle avait un très petit rôle, il devait donc être plus difficile pour elle de se mettre dans la peau du personnage.

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