Le bracelet

L'ouvrage:
Ratisbonne, 1938. Grete Schwarz est catholique, son mari est juif. La jeune femme sent que vivre en Allemagne devient de plus en plus risqué. Un ami renforce ses craintes, pousse la famille à quitter le pays, et lui donne des billet pour Shanghai. Seulement, le mari de Grete ne peut se résoudre à quitter son pays aimé. De plus, il est persuadé que le gouvernement le laissera tranquille. La mort dans l'âme, Grete part donc avec ses deux enfants, Carl et Ida.

Critique:
Je commencerai cette chronique par un avertissement: la quatrième de couverture du roman contient des éléments inexacts. Ou alors, il y a quelque chose que je n'ai pas compris... De plus, elle en dit davantage que mon résumé. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose dans ce cas...

Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai mis un moment avant de le sortir de ma pile à lire, d'abord parce qu'il parle d'une période qui, pour moi, est trop évoquée par les romanciers, et mal par certains. De plus, la structure n'est pas absolument chronologique, et je n'aime pas trop ce genre de structures. Heureusement, j'ai dépassé mes réticences, et même si j'aurais préféré quelque chose de plus linéaire, je comprends que l'auteur ait fait ainsi. Quant à la période évoquée, pour moi, il n'y a ni grandiloquence ni larmoiements, autant de mauvais ingrédients qu'on retrouve chez ceux qui galvaudent l'évocation de ces années. En outre, cela m'a permis de mieux situer certains éléments de l'époque qui, dans ma tête, étaient flous. Par exemple, l'attitude de la Chine envers les réfugiés allemands, etc. Ce qu'il se passe lorsque le bateau où sont les Schwarz arrive en Égypte est aussi un élément important pour comprendre comment se déroulaient les choses...

Grete éveillera la compassion et l'admiration du lecteur. Elle sait qu'elle doit affronter des épreuves (perte de son mari, de ses repères, adaptation à un nouvel environnement avec peu de ressources) et elle ne baisse jamais les bras. Elle parvient même à faire avec les «imprévus» dont l'un est très douloureux.
Quant à Carl, il réagit presque toujours comme je m'y attendais. J'ai été un peu déroutée qu'il semble «froid» envers sa mère après ce qui arrive en 1947, mais peut-être est-ce sa manière de gérer la situation.

L'attitude de certains (comme Trudi) montre les débordements qu'occasionnait le régime nazi. Si au début, j'ai compris Trudi et éprouvé de la compassion pour elle, ensuite, j'ai été écoeurée par son comportement. Je ressentais un peu la même chose envers Erna. Chacune savait qu'elle agissait mal, mais chacune refusait de l'admettre. Erna, me semblait-il, aurait été plus encline à l'admettre que Trudi, car elle en prenait davantage conscience.

L'intrigue est sans temps morts. J'aurais souhaité que certaines choses soient davantage expliquées. Qu'est-il arrivé à certains personnages? Quant à ce qui arrive en 2010, j'aurais également voulu en savoir davantage.

Je ne sais pas si le titre est une traduction ou si l'éditeur français en a choisi un autre. En tout cas, il me convient. Au départ, le bracelet ne paraît pas si important, mais il finit par mener Carl vers une explication.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est parce que ce roman a été enregistré par cette lectrice que j'ai dépassé mes réticences. J'apprécie sa lecture, et j'ai plusieurs fois constaté que des livres qui ne me tentaient pas enregistrés par elle me plaisaient.

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