Le baby-sitter

L'ouvrage:
Alex a vingt ans. Il est étudiant. Cette année-là, il a du mal à joindre les deux bouts. Il décide de proposer ses services: il veut donner des cours particuliers, et tenter le baby-sitting. Étrangement, c'est pour le baby-sitting, et non pour les cours qu'on va le solliciter.

Critique:
Voilà un roman frais, à la fois grave et léger, tendre et drôle. Un roman qui raconte la vie avec son lot d'aléas. En peu de pages, Jean-Philippe Blondel parvient à construire des personnages criants de vérité, une intrigue complexe et cohérente. Bien sûr, il y a quelques événements qu'on voit venir. Je savais, par exemple, que lorsqu'Alex se rebellait contre son portable, il le regretterait. J'ai également trouvé étrange que certains dissèquent l'amitié entre Marc et Alex, et se demandent comment elle était possible, étant donnée leur différence d'âge. J'ai des amis qui ont entre dix et vingt ans de plus que moi, et nous avons toujours des sujets de discussion. Ce que le lecteur apprend ensuite corrobore quelque peu ce questionnement des personnages. J'ai trouvé ça un peu dommage.

Rien n'est manichéen. Si Alex s'entend bien, et devient ami avec ses «employeurs», il ne devient pas la maturité faite homme, il ne règle pas tous ses problèmes et ceux de ses connaissances en un claquement de doigts. Mais ces rencontres auront des incidences (à court ou à long terme) sur la vie de tous.
L'auteur crée des situations inattendues, comme, par exemple, ce qui arrive aux parents d'Alex.
Le dernier chapitre est constitué de plusieurs parties. Chaque personnage prend la parole à tour de rôle. J'ai beaucoup apprécié cela, car on se sent encore plus proches d'eux: on est dans leurs pensées, on comprend mieux certains de leurs agissement...

Chaque personnage a su me toucher. Je me sentais proche d'eux, de leurs histoires aux apparences banales...
Mélanie et sa verve amuseront le lecteur. Même dans la peine, elle a le mot pour rire.
Marc est également très proche du lecteur. Quand il finit par comprendre et accepter ce qui le mine, il est très lucide quant au chemin qui lui reste à parcourir.

Je n'ai pas apprécié Irina. D'abord parce que je ne comprends pas ce coup de foudre idiot qui a saisi Alex à son propos. C'est peut-être l'attrait du mystère puisque la dame s'en enveloppe. Irina reconnaît elle-même qu'elle agit sottement, et semble savoir pourquoi. Pourtant, je n'ai pas réussi à me mettre à sa place. J'ai trouvé qu'elle ne savait que s'apitoyer sur son sort. Elle a fait des enfants pour voir si ça la sortirait de sa bulle d'indifférence. Comme ça n'a pas marché, elle ne prend pas la peine de bien s'en occuper. Elle les a voulu, et ne les assume pas. Elle passe son temps à se cuirasser, et elle succombe presque lorsqu'elle voit Alex dormir. J'ai trouvé ça peu crédible!

Je n'ai pas non plus aimé Marion. Je l'ai trouvée immature. Elle fait beaucoup de bruit pour rien, exprime un mal-être dont on ne connaît pas vraiment la cause. On dirait qu'elle fait tout cela pour se donner un genre, parce qu'autrement, elle s'ennuierait. Elle ne semblait réellement préoccupée que par sa petite personne, et sa souffrance fabriquée. Elle m'a agacée.

Quant à Alex... il a vingt ans, il se cherche encore... son année de baby-sitting va le mûrir, l'enrichir, lui donner davantage d'assurance.
Je n'ai pas trop aimé ce qu'il dit à la toute fin, parce que le lecteur ne parvient pas à savoir si c'est sérieux ou pas. Mais pourquoi Alex voudrais-il faire cela? C'est peut-être juste une boutade, comme ça peut arriver quand on est dans cette situation. Cela m'a quand même laissée perplexe.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Céline Mollaert pour la Ligue Braille.
La lectrice adopte un ton à la fois sobre et dynamique. Sa lecture est vivante, et elle ne surjoue pas. J'aime beaucoup la façon dont elle interprète Mélanie: cela va parfaitement avec ce qu'on s'imagine quant à elle.

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