Laisse-moi te dire

L'ouvrage:
Jean-Charles Madelmont et sa femme n'ont pas toujours su se comprendre. Aujourd'hui, il décide de lui écrire une longue lettre. Il raconte toute leur histoire, et s'arrête pour expliquer ce qui l'a blessé à l'époque des faits, et qu'il n'a pas pu ou pas su dire au moment où c'est arrivé.

Jean-Charles est tout de suite tombé amoureux de Gabrielle, alors qu'il avait vingt-quatre ans et elle dix-huit ans. Dès leur première rencontre, le lecteur sait que leurs rapports seront toujours inégaux. Et pourtant, ils feront un long bout de chemin ensemble.

Critique:
Globalement, ce livre m'a plu, comme presque tous les romans de Janine Boissard. Mais certaines choses sont un peu grosses, ce qui fait que mon sentiment est mitigé.

Ici, la romancière a fait un nouveau pari. Après avoir imaginé les sentiments et la psychologie de ses héroïnes, elle décide que c'est un homme qui racontera l'histoire. C'est un homme au naturel doux, un homme sensible et gentil, qui vient d'une famille très unie, qui a des rêves, qui ne regarde pas les autres de haut. Janine Boissard s'en tire bien en nous narrant le portrait de cet homme.
Ce qui est un peu gros, c'est que Gabrielle est son portrait en creux. Elle semble dure et insensible, égoïste. Son ambition l'aveugle. Elle ne comprend pas qu'on pense autrement qu'elle. Elle ose dire que Marie est sa meilleure amie, mais se permet de juger sa façon de vivre, et est absolument persuadée que Marie n'est pas heureuse. Marie a choisi d'élever ses enfants, et de ne pas travailler, alors qu'une carrière de dessinatrice s'ouvrait à elle. Gabrielle n'admet pas qu'on puisse être heureux si on n'a pas une grande carrière. Elle refuse de comprendre que tout le monde n'a pas ses aspirations. Elle ne sait que mépriser ce qui ne lui ressemble pas, ce qu'elle ne contrôle pas.
On me dira que parfois, les contraires s'attirent. Soit. On peut expliquer l'amour de Gabrielle et de Jean-Charles l'un pour l'autre de cette façon, ainsi que l'amitié entre Gabrielle et Marie. Cependant, cela ne me convainc pas vraiment, car l'ouverture d'esprit n'est là que d'un côté.

En outre, Gabrielle a bâti sa vie sur un mensonge, quelque chose que son coeur d'enfant a inventé, et à cause de cela, elle s'arroge le droit de vouer une violente rancoeur à son père. Elle n'a aucune preuve de ce qu'elle croit, mais préfère le croire, et ainsi, se donner quelqu'un à accuser et à blâmer.
A ce propos, les personnes connaissant la vérité ne veulent pas la lui dire pour la protéger. Cet argument est fallacieux. Pourquoi avoir de la pitié et de la compassion envers celle qui n'en a jamais eu? Pourquoi ne pas la forcer à grandir et à cesser de se comporter en gamine capricieuse? De plus, si on voulait vraiment lui cacher la vérité, pourquoi ne pas l'édulcorer, comme Hugues l'a fait, au début avec Jean-Charles?

Le personnage de Gabrielle est la fausse note du roman. Il est trop facile de la détester. Elle est si engluée dans ses certitudes, si fermée que le lecteur ne peut pas la plaindre ou l'apprécier. Il aurait été bien plus intéressant qu'elle fût complexe, que sa psychologie fût moins simpliste. Jean-Charles est plus creusé. Il fait des erreurs, et sait qu'il n'est pas à l'abri d'en faire d'autres.

Donc, j'ai aimé ce livre, mais le personnage trop cliché, trop manichéen de Gabrielle m'a un peu gâché le plaisir.

Éditeur: Fayard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Grossenbacher pour la Bibliothèque Braille Romande.

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