La vie en sourdine

L'ouvrage:
Voilà plus de vingt ans que Desmond Bates perd peu à peu l'audition. Il a un appareil auditif, mais cela ne l'aide pas toujours. Ce soir, par exemple, alors qu'il assiste à un vernissage, une jeune femme lui parle. Il ne l'entend pas, malgré son appareil. Malheureusement, la pile arrive en fin de vie. Il n'ose pas faire répéter son interlocutrice, n'ose pas l'informer qu'il ne l'entend pas... plus la conversation avance, moins il peut s'expliquer.

Desmond est un professeur de linguistique à la retraite. Il est marié à Winnifred (dite Fred), a deux enfants, des petits-enfants... il rend visite à son père...

Critique:
Enfin! Cela fait dix ans que j'attends que les éditeurs audio sortent du David Lodge! Les éditions Livraphone m'ont fait découvrir cet excellent auteur en éditant "Thérapie", puis plus rien. Je trouve extrêmement dommage qu'il ait fallu attendre que les éditions Audiolib s'en mêlent pour pouvoir profiter d'un roman de Lodge. Enfin, heureusement qu'elles s'en sont mêlées!
Bien sûr, grâce à des amis et à des bibliothèques bénévoles, j'ai pu lire quelques autres livres de David Lodge, mais je pense que si on édite tous les Marc Lévy, tous les Dan Brown, et tous les Mary Higgins Clark en audio, on peut faire l'effort d'éditer un auteur comme David Lodge, dont la qualité des écrits, à mon avis, est supérieure à celle des auteurs précédemment cités.

Le roman est une espèce de journal intime de Desmond sur une période donnée. Il alterne faits de sa vie et réflexions sur plusieurs points.
Avec sa verve habituelle, David Lodge nous fait entrer dans le petit monde de Desmond Bates. Il m'a appris beaucoup de choses quant à la surdité. Sans être larmoyant ou plaintif, il fait état des difficultés rencontrées par son personnage, explique comment il doit s'adapter à son handicap. Il instruit son lecteur, tout en le faisant sourire. On ne peut s'empêcher de rire, par exemple, lorsque Desmond nous explique ses déboires avec les piles pour ses appareils auditifs, lorsqu'il raconte comment il oublie d'éteindre ses appareils, etc.

Tout au long du livre, l'auteur s'applique à peindre un personnage, sa famille, et les événements qui marquent leur vie pendant un an. Tout est en nuances. Le livre entier démontre que tout n'est pas tout blanc ou tout noir, ce qui le rend plus réaliste. En outre, l'auteur entremêle savamment les événements vécus par Desmond, ce qui accentue le réalisme. Il fait passer son lecteur par plusieurs émotions, les événements comiques laissant la place aux graves, puis à une espèce de piège dans lequel Desmond est assez habile pour ne pas tomber.
A propos de ce piège, justement, là encore, l'auteur sait sortir des sentiers battus. Le lecteur, tout comme Desmond, cerne assez vite le personnage d'Alex, et est un peu ennuyé en imaginant ce qui va sûrement se passer. Mais David Lodge évite avec maestria cette ficelle trop facile. Il l'évoque, car il faut bien montrer qu'Alex est fourbe (ou folle) jusqu'au bout, mais cela passe très bien.

La fin est plus grave. Tout au long du roman, l'auteur prépare son lecteur à cet événement qui, malheureusement, fait partie de la vie.
La toute fin est une scène qui signifie que la vie continue, et qu'il faut savoir en apprécier chaque bon moment, malgré la peine que certains événements peuvent causer.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Daniel Nicodème pour les éditions Audiolib.
J'avoue qu'au départ, je n'ai pas trop accroché à la voix du lecteur, mais j'ai vite oublié ce petit désagrément, car son interprétation est juste. J'espère donc qu'il réenregistrera des romans.
Je ne peux terminer cette critique sans souligner le souci du détail dont ont fait preuve les éditions Audiolib. A un moment, Desmond passe un vieux disque enregistré par son père. Au moment où le lecteur lit les paroles de la chanson qu'entend Desmond, on entend les petits craquements habituels à l'écoute d'un disque vinyle.

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