La tristesse des éléphants

L'ouvrage:
2010. Voilà dix ans qu'Alice Metcalf a disparu. Elle se serait vraisemblablement enfuie. Sa fille, Jenna, aujourd'hui âgée de treize ans, ne supporte pas l'idée que sa mère l'ait abandonnée. Mais si Alice ne pouvait pas laisser sa fille, le fait qu'elle ne l'ait pas emmenée signifie qu'elle est morte. Or, l'adolescente n'est pas prête à accepter cela. Se débattant dans ses contradictions, elle décide d'engager Serenity Jones, une médium, ainsi que Virgile Stanhope, l'un des policiers qui enquêta sur la disparition d'Alice, afin de retrouver cette dernière.

Critique:
La force de ce roman est tout ce qu'il nous apprend sur les éléphants. Lorsque Jodi Picoult traite un thème (les loups, la maladie des os de verre...) elle se documente énormément, et cette méticulosité se sent dans ses écrits. Ici, au travers des éléphants que côtoient les personnages, et au travers d'anecdotes contées majoritairement par Alice, le lecteur en apprend beaucoup. Tous les passages concernant le comportement des éléphants sont intéressants. Apparemment, leur grande mémoire n'est pas une légende. Ils se souviennent de beaucoup de choses sur une longue période. L'auteur parle également de leur comportement lors de la perte d'un petit, etc. Alice est une scientifique, mais ses recherches lui font constater que l'éléphant ressent et comprend énormément de choses.

Quant à l'intrigue, des éléments m'ont dérangée. J'admire Jodi Picoult pour certains de ses livres que je trouvais bien pensés, et je suis déçue qu'elle ait usé de certaines ficelles. Par exemple, elle veut tellement créer un retournement de situation (c'est un peu sa marque de fabrique) qu'ici, elle a fait quelque chose qui, pour moi, n'est pas très honnête. En outre, cela a déjà été utilisé, et cette ficelle fait partie de celles dont il ne faut pas trop se servir... Pour moi, c'est trop spectaculaire. Cela crie trop: «Regardez! J'ai encore réussi à faire un retournement de situation! Je suis trop forte!»
D'autre part, il fallait bien qu'elle imagine une raison pour laquelle Alice devait disparaître. Alors, la voilà qui nous tisse une histoire d'amour née d'on ne sait vraiment où, une histoire qu'on trouverait dans un roman Harlequin. La femme n'est pas heureuse avec son mari, alors elle court dans les bras du premier garçon avec qui elle semble avoir des affinités. Il faut bien qu'elle résiste un peu à l'appel de la chair, car le monsieur est marié, lui aussi. Alors, elle résiste, mais pas très longtemps. Lui, on ne sait pas vraiment quels soucis il a avec sa femme, mais ce n'est pas grave. Une fois l'histoire d'adultère brossée à très grands traits, l'auteur avait son prétexte pour déclencher de terribles événements précurseurs du départ d'Alice. Outre que je n'aime pas du tout ces histoires d'amour qui me paraissent frelatées, je trouvais celle-là indigne du personnage féminin qui l'a vécue.

J'ai trouvé Virgile et Serenity attachants. Ce qu'explique Serenity quant aux dons médiumniques me semble assez juste: certains en ont, mais ils ne se commandent pas. Dans les romans, on voit toujours soit des charlatans, soit des personnes qui ont un don infaillible. Serenity explique que c'est aléatoire, qu'elle ne maîtrise rien, ne décide de rien... C'est un personnage sympathique. J'ai bien aimé la scène où Jenna et elle se rencontrent. C'est à la fois amusant et tendu. Serenity semble être une horrible femme aigrie, et bien sûr, on découvre assez rapidement qu'il n'en est rien.

Quant à Virgile, ses remords concernant l'affaire Metcalf, ainsi que ce qu'il fait après que Jenna l'a déniché, font de lui un personnage très humain.

Éditeur français: Actes Sud
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Penguin Random House Audio. La distribution est:
Rebecca Lowman: Alice Metcalf
Kathe Mazur: Serenity Jones
Mark Deakins: Virgile Stanhope
Abigail Revasch: Jenna Metcalf

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