La symphonie du hasard, livre 1,

L'ouvrage:
Alice Burns est éditrice à New York.
Ce jour-là, elle va rendre visite à son frère (Adam), qui est en prison. Il lui avoue quelque chose concernant le passé familial. Cela plonge la jeune femme dans ses souvenirs.

Critique:
Avant de lire ce roman, je suis tombée sur la chronique d'une personne furieuse qui s'attendait à aimer le dernier Douglas Kennedy, et qui a trouvé qu'il ne s'y passait rien. Malgré cet avis défavorable, j'ai écouté mon instinct (celui-là même qui m'avait dit de ne pas lire «Cinq jours» dont le résumé évoque un livre de Danielle Steel). Bien m'en a pris, car j'ai beaucoup aimé cette première partie.

La narratrice évolue dans un milieu familial très tendu. Sa mère (Brenda) regrette ses choix, ne supporte pas qu'on lui cache quelque chose (ce qui fait qu'elle a développé un radar à secrets), fait des scènes où elle se donne souvent en spectacle, est très (voire trop) directe. Alice et Brenda ont des rapports conflictuels, parce que la mère a rapidement appris à sa fille qu'elle ne la désirait pas. Cependant, elle la soutient lorsqu'elle est harcelée au lycée, l'emmène se faire prescrire la pilule, etc. Alice se sent davantage comprise par son père (Brendan). Il m'a plutôt semblé que malgré tout, c'était Brenda qui aimait ses enfants. Elle est très casse-pieds, mais sa vie n'est pas facile, et malgré sa mauvaise foi concernant certains points, c'est elle qui est présente lors des coups durs. Brendan me semble égoïste. La petite scène où il raconte comment il est devenu coursier pendant la guerre ne m'a pas du tout attendrie à son égard. Je comprends qu'il ait souhaité sauver sa peau, mais je n'ai absolument pas cru au fait qu'il en soit tourmenté. Il voulait juste faire son petit effet, ce qui semble lui être habituel. Si Brenda se donne souvent en spectacle, Brendan semble se mettre en scène en permanence. Je n'ai pas non plus aimé sa réaction lorsqu'il découvre qu'Alice fume. Une interdiction pure et simple n'aurait sûrement pas non plus été la chose à faire, mais ce qu'il fait semble, là encore, une façon grandiloquente de montrer que seul lui sait comment agir. Sur ce point, je suis donc en désaccord avec l'héroïne qui pense que son père l'aime davantage que sa mère. Au fond, elle sait que tout est bien plus compliqué, mais elle ne veut pas trop creuser dans cette direction. Peut-être le fera-t-elle dans les parties suivantes.

Plus tard, on suit Alice à l'université. L'auteur décrit très bien la vie estudiantine. Notre héroïne retrouve certaines choses qu'elle a connues au lycée: la course au pouvoir, la suprématie de ceux qui ont des moyens financiers, les catégories dont il faut absolument faire partie, les petites trahisons qu'on est obligé de commettre vis-à-vis de soi-même, l'intolérance quant à ce qui est différent... Nous sommes au début des années 70, et le racisme et l'homophobie ne s'expriment pas comme maintenant. Avant, c'était plus franc. Je ne veux pas dire que c'était mieux, mais je trouve que maintenant, c'est plus sournois. Il est bien sûr effarant que ce fléau qu'est l'intolérance n'ait pas disparu aujourd'hui.

À cause de sa famille pleine de secrets, où les parents communiquent à coups de disputes, Alice a des réactions excessives. Par exemple, j'ai trouvé incroyable que sa bouderie envers Peter se prolonge au-delà d'une journée! La narratrice est consciente de son intransigeance, mais ne parvient pas à nuancer les choses. J'ai été tout aussi choquée de ce qu'elle fait concernant Bob, avant même de savoir certaines choses. Je croyais être trop intransigeante avec les autres, mais cette chère Alice me bat à plate couture! Cela lui fait prendre des décisions démesurées. Concernant Bob, je n'ai pas compris pourquoi elle n'a pas accordé davantage d'importance au «détail» que lui apprend sa mère...

Vous aurez compris que contrairement à la personne dont j'ai lu la chronique, je ne me suis pas ennuyée. J'ai aimé suivre l'héroïne dans sa découverte de la vie. Pour moi, les événements se sont enchaînés de manière fluide.

Cette trilogie aurait dû sortir en un tome. Je dis cela parce qu'en général, les longs romans de Douglas Kennedy sont découpés en parties. Je suppose qu'ici, un tome correspond à une partie. Je suis extrêmement déçue qu'on se mette à découper les romans de Douglas Kennedy pour une histoire de gros sous. Je ne sais pas d'où vient cette idée, mais il est irrespectueux de vouloir se faire encore plus d'argent sur le dos des fans qui, en plus, doivent attendre la suite. Pour ma part, j'ai la chance d'avoir eu ce livre en service presse, mais je pense que pour le principe, je n'aurais pas acheté les trois tomes. Bien sûr, l'éditeur audio n'est pas en cause, il ne fait que suivre le découpage de l'éditeur papier.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu.

J'ai été ravie qu'Ingrid Donnadieu enregistre ce roman. Elle est très bien entrée dans la peau des personnages. Lorsqu'elle modifie sa voix pour certains rôles, c'est à bon escient et sans affectation. Lorsqu'elle prononce des mots à l'anglophone, c'est, la plupart du temps, sans exagération. Dans les dialogues, son intonation est toujours naturelle. Son jeu vivant et nuancé m'a beaucoup plu.

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