La Route de Santa Anna

L'ouvrage:
Markh, ancien cascadeur (il faisait des rodéos de voitures), va reprendre du service. À l'aide d'une voiture extrêmement rapide, silencieuse, et presque invisible, il devra convoyer des fonds entre le Mexique et une petite ville perdue des États-Unis. L'opération est commanditée par un cartel dirigé d'une main de fer. Tout pourrait se dérouler sans anicroche, si une famille pauvre et un peu paumée, n'avait eu vent de l'affaire par hasard...

Critique:
Prenez une ambiance à la James Hadley Chase, une intrigue à la David Goodis, et ajoutez-y l'art de Serge Brussolo. Cela donne un roman policier aux ingrédients à la fois connus et originaux. En effet, une histoire de truands, de personnes qui veulent se doubler en vue d'avoir un gros tas d'argent, c'est des plus classiques. C'est sans compter sans les rebondissements dont Serge Brussolo sait agrémenter ses récits. Ce qui ressemble à une banale histoire écrite par un auteur de romans noirs se transforme en course effrénée où tous les coups sont permis, et où certains événements arrivent alors qu'on ne les attendait pas.
Par exemple, l'opération a lieu assez rapidement, ce qui implique que le reste du roman sera, normalement, plein de découvertes. Là encore, l'auteur insère des éléments attendus (comme ce que font Julius et Billy), mais il y ajoute sa patte, ce qui fait que cela ne tourne pas comme on pourrait s'y attendre.

Chez Brussolo, les personnages (sauf le héros) sont souvent déjantés: fanatiques, paranoïaques, etc. C'est toujours un bonheur pour moi de lire leurs délires, car l'auteur ne lésine pas sur les détails, et son exposition de cerveaux malades est très convaincante. Ici, c'est Julius et Alienor qui font office de dérangés. Les autres sont un peu différents. On ne les trouvera pas forcément sympathiques, mais tellement réalistes! L'attitude de Sue, Wichita, Billy, Julius vis-à-vis de la grosse somme d'argent qu'ils convoitent est très bien exposée et tout à fait logique. Voilà pourquoi je pense que les personnages sont un peu plus creusés que dans certains romans de Brussolo.
Jana est un clin d'oeil aux protagonistes qu'affectionne le romancier: ceux qui vivent à cent à l'heure et ne peuvent concevoir une autre existence.

Quant à Markh, il est le seul à garder la tête froide, mais cela vient du fait qu'il est blasé de la vie. C'est lui qui se rapproche le plus du héros brussolien, à cause de sa lucidité mêlée d'apathie. Heureusement, cette mollesse n'est pas aussi pénible que chez certains autres.

Certaines ficelles sont un peu grosses, par exemple, la façon dont certaines personnes meurent... Surtout que cette ficelle est répétée... En outre, je n'ai pas trop aimé ce qu'on découvre à l'avant-dernier chapitre, parce que je trouve que c'est trop classique. Pour moi, c'est indigne de Brussolo. Cependant, c'est rattrapé par le fait que ça lui permet d'aller plus loin dans la démonstration de la noirceur de l'âme humaine.
Par ailleurs, il n'est pas très crédible qu'un des personnages survive à l'explosion d'un véhicule dont il était le conducteur. L'écrivain parvient, malgré tout, à faire passer la chose.

Ce roman alterne les points de vue selon les chapitres. Les pensées des différents protagonistes sont contées par un narrateur omniscient. Si l'auteur le fait parfois, il ne le fait pas autant que dans «La route de Santa Anna». J'ai apprécié cette façon de faire qui, pour moi, contribue à donner du rythme au récit.

N'oublions pas les petits traits d'humour dont l'auteur fait preuve, notamment lorsqu'il évoque Jean-Pierre. Entre l'ancienne profession de ce dernier, les jeux de mots douteux qu'il fait, et les commentaires du narrateur, on a de petits moments amusants au milieu de ce thriller haletant.

Éditeur: Éditions du Masque.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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