La rose rebelle

L'ouvrage:
Darýâ est Tadjic. Elle respecte ses parents et les coutumes de son peuple. Cependant, très jeune, elle fait preuve d'un caractère bien trempé, défiant ses parents lorsqu'elle se sent victime d'injustice.

Critique:
Quand on lit la quatrième de couverture (qui en dit trop), on s'imagine un roman à l'eau de rose. J'ai voulu le lire d'abord parce que j'aime beaucoup la lectrice, puis parce que parfois, certains romans de ce genre sont plus riches qu'ils ne paraissent. À mon avis, c'est le cas de ce roman... ou du moins, pour les trois quarts de ce roman.

D'abord, j'ai été immergée dans le pays et les coutumes de Daryâ. Je n'ai jamais lu de livres se déroulant en Afghanistan. J'ai aimé que Linda Holeman prenne le temps de nous décrire tout cela à travers la famille de l'héroïne. Elle s'attarde notamment sur la polygamie des hommes. Ici, Daryâ et sa mère ne sont pas rétives à dessein. Elles n'admettent pas que les choses n'aient pas été faites selon la règle.

Ensuite, la romancière transporte son lecteur dans d'autre civilisations, d'autres façons de faire, d'autres sensibilités. J'ai apprécié ce choc des cultures. Choc dont Daryâ s'imprègnera, et dont elle se servira pour s'adapter à diverses situations.

Quant à l'héroïne, elle sera rapidement sympathique au lecteur. Elle tient tête à bon escient, pense à son bien-être, ne veut pas accepter un destin qu'elle juge médiocre, voire dangereux. Cependant, elle n'est pas caricaturale. Elle réfléchit, mais fait des erreurs, et ne rejette pas les coutumes et croyances de son peuple. J'ai été fascinée de voir l'emprise qu'avait Sulima, et plus tard sa malédiction, sur Daryâ et son peuple. Là encore, l'auteur a habilement manoeuvré, car le lecteur peut choisir de croire en la malédiction de Sulima, ou en une explication plus rationnelle.
Il est peut-être un peu gros que Daryâ s'habitue si vite à parler à un homme et à le regarder après sa rencontre avec David. Cependant, c'est expliqué par plusieurs faits, et on peut l'accepter.

Certains trouveront peut-être David un peu trop parfait. Je l'ai apprécié d'abord grâce à son empathie, mais aussi... grâce à sa fadeur. Je l'ai trouvé un peu fade, en effet. Justement, cela le rend moins parfait, et donc plus appréciable. On sent qu'il a des failles.
On pourra également dire que le fait qu'il soit souvent le preux chevalier de l'héroïne est un peu gros. Soit, mais pour moi, c'est passé...

Le charme du livre a opéré sur moi jusqu'au chapitre 38. D'abord, tout au long des chapitres 38 à 47, je n'ai pas réellement reconnu la Daryâ combattive et à l'esprit critique du roman. Elle se soumettait parce qu'elle l'avait accepté, certes, mais au lieu de s'abrutir et de pleurnicher, elle pouvait tout simplement s'en aller. Ce n'est pas les domestiques qui auraient pu la retenir si elle en avait vraiment eu envie. Elle a tenté quelques révoltes, mais s'est laissée transformer en poupée vivante, en curiosité exotique qu'on exhibe.
Et puis, Osrick Bool est vraiment trop caricatural... Je sais que des gens comme ça existent, mais il est bien trop facile de le détester... on ne plaint même pas Daryâ qui s'aplatit: elle m'a plutôt exaspérée, à ces moments-là. Elle s'était transformée en petite nunuche insipide qu'on trouve justement chez des auteurs qui font des romans à l'eau de rose sans personnalité.
Quant à la fin du chapitre 47... j'ai trouvé qu'elle était un peu bâclée... on passe dix chapitres à languir, à râler en attendant certaines choses, et elles arrivent brutalement en fin de chapitre, mais sans que le lecteur en profite vraiment. Je suis restée sur un sentiment de frustration. J'aurais voulu que cela se passe autrement et plus lentement, même si le dénouement me satisfait.

J'ai donc été un peu déçue, car après avoir été transportée aux côtés de Daryâ par les trois quarts du livre, je me suis retrouvée... dans de l'eau de rose avec simplification à outrance.
Malgré cela, je conseille ce livre.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je suis sûre que ce roman, lu par un lecteur qui en aurait fait un peu trop, m'aurait agacée avant le chapitre 38. Heureusement, la lectrice a interprété «La rose rebelle» sans mièvrerie, comme à son habitude, d'ailleurs.

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