La pure vérité

L'ouvrage:
Kathie Fisher, dix-huit ans, est Amish.
Ce matin-là, elle vaque à ses occupations, comme d'habitude, lorsque son fiancé, Samuel, entre dans la cuisine, et lui apprend qu'un nouveau-né a été trouvé dans l'étable des Fisher. L'enfant est mort. D'après les constatations de la police, il a été étouffé. Kathie est horrifiée par cette nouvelle. La police veut l'interroger, par routine. Alors qu'elle nie avoir su ce qui s'était passé la nuit même, on découvre qu'elle saigne du bas-ventre. Elle affirme avoir ses règles. Des examens approfondis démontrent que la jeune fille a accouché il y a quelques heures. Malgré les preuves accablantes, Kathie nie farouchement avoir eu un bébé, et donc l'avoir tué.

Eleanor Hathaway (Ellie), avocate aux dents longues, va se retrouver, bien malgré elle, embarquée dans cette histoire. Elle devient l'avocate de Kathie, et doit aller s'installer chez les Fisher. En effet, sa cliente a le droit d'attendre le procès chez ses parents à condition que quelqu'un se porte volontaire pour la surveiller. Le père de Kathie, Aaron, étant contre le fait que leur fille ait un avocat, ne veut pas assumer ce rôle. Sarah, la mère de Kathie, ne peut aller contre la volonté de son mari, et refuse également de surveiller sa fille, au risque que celle-ci se retrouve en prison. Voilà comment Ellie va se retrouver à vivre chez les Amish.

Critique:
Ce livre me laisse un sentiment mitigé. Une fois qu'on l'a commencé, on ne le lâche pas. Jodi Picoult sait donc tenir son lecteur en haleine. Elle sait l'intéresser, l'appâter.

Les personnages sont attachants, même si on a du mal à comprendre certaines de leurs motivations. Ils sont complexes, et donc, intéressants.

Ellie devant vivre dans une communauté Amish, le lecteur en apprend plus sur eux. Personnellement, je ne connaissais pas bien les Amish. Je ne dis pas que ce livre m'a tout appris, mais j'en sais plus grâce à lui. Les Amish sont non violents, ils vivent retirés du monde, et le plus possible, de la civilisation. Ils vivent en autarcie. Ce genre de chose entraîne un choc des cultures, et parfois, des abîmes d'incompréhension entre Ellie et Kathie qui n'ont pas la même façon de penser.
Il y a aussi un incident comique, à un moment. Ellie a besoin d'envoyer des rapports qu'elle veut taper. Mais la batterie de son ordinateur est à plat. L'évêque autorise donc que l'électricité pénètre dans la demeure des Fisher, au grand déplaisir d'Aaron, qui est moins tolérant que l'évêque lui-même, et suit les préceptes Amish à la lettre, voire au-delà.
D'autre part, Jacob, le frère de Kathie, a abandonné sa communauté afin de poursuivre ses études, car un Amish ne peut poursuivre ses études au-delà de la huitième année de celles-ci. Selon la loi Amish, quelqu'un qui est parti a le droit de revoir sa famille quand il le désire, et même, s'il se confesse, de revenir dans sa communauté. Pourtant, Aaron refuse tous contacts avec Jacob.

D'autres points de la religion Amish me semblent un peu déplaisants. Par exemple, si on est accusé d'une mauvaise action, il suffit (si j'ose dire) d'accepter l'accusation, de ne pas se défendre (même si on n'a rien fait) ou se justifier, et de se confesser. On est mis au banc de la société pendant un moment, puis pardonné. C'est pour cela que Kathie et sa famille refusent de se défendre lorsque Kathie est accusée d'avoir tué son enfant. Les Amish ne croient pas en la justice des hommes, mais en celle de Dieu. Étant peut-être trop civilisée, je désapprouve la façon de penser Amish à ce propos, et je n'arrive pas à en voir les bons côtés. Cette forme de justice, à mon avis, a autant de failles que celle des hommes, voire plus.

Le lecteur se doute que Kathie n'a pas assassiné son enfant. Mais comme ses barrières mentales ont effacé la naissance du bébé de sa mémoire, ainsi que sa grossesse, il en vient à se demander si elle ne l'aurait pas assassiné, dans un moment d'égarement. Pourtant, elle sait que sa communauté ne l'aurait pas rejetée, et aurait élevé l'enfant. On ne connaît la vérité qu'à la toute fin. La personne qui a fait cela a paniqué. Car en effet, Kathie et l'enfant auraient été acceptés. Mais peut-être l'enfant aurait-il été un reproche vivant, une blessure qu'il aurait été impossible de refermer pour des personnes qui n'auraient pas pu le supporter. De plus, peut-être Kathie serait-elle partie...

Le verdict aussi me laisse un sentiment mitigé. Il montre l'ouverture d'esprit du juge Letbetter. On n'aurait pas pu imaginer un autre verdict. Pourtant, j'ai le sentiment que la justice s'est pliée à la volonté Amish. Donc, je suis à la fois d'accord et pas d'accord avec ce verdict.

Autre chose m'a gênée. La décision de Kathie montre qu'elle ne pourrait pas s'adapter à un autre monde, à une autre façon d'être. Je ne dis pas que c'est très facile, car je pense que je serais incapable de m'habituer à la façon de vivre des Amish, mais je trouve cela dommage.
Je ne peux pas trop en dire sur cette décision, car j'en dévoilerais trop.

Certains personnages masculins du livre ont l'air d'être des perles rares: John Cooper (Coop), Adam Sainclair, Jacob... C'est un peu cliché, mais cela fait plaisir, au milieu de la tension du procès, et des incompréhensions.
Le désir viscéral d'Ellie d'avoir un bébé m'a un peu énervée. Je trouve aussi que c'est cliché. Quand est-ce que je vais tomber sur un roman où la femme ne voudra pas d'enfants, et où elle le vivra très bien?

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Brigitte Bourge.

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