La petite école dans la montagne L'ouvrage:
1908.
Victor Chambost, 29 ans, est instituteur. Il est nommé dans le petit village de Saint-Just, dans le mont Pilat. Le maire, Louis Malatret, aurait voulu une école mixte, mais les moeurs sont encore trop frileuses, et il y a une classe de garçons, où officiera Victor, et une classe de filles, où travaille Emilie Gilbert, depuis quelques années.

Dans sa classe, Victor fait une découverte: un jeune berger, quasi abandonné, Colin Plasson (dit Colinet), qui a la soif d'apprendre. Il dévore ses livres de classe, s'attaque aux problèmes les plus ardus... C'est lui, la locomotive de la classe. Grâce à lui, certains s'accrochent, et Victor espère avoir au moins trois ou quatre candidats au certificat.

Mais un jour, tout bascule. La mère de Colinet meurt, et son oncle trouve inutile que l'enfant continue ses études. Il veut faire de lui un meunier, comme lui-même. Colinet aurait pu se résigner, n'étant qu'un enfant, mais le petit garçon hypersensible qui versait des torrents de larmes parce que les chiens dans "Rémi sans famille" étaient morts, vivra cela comme une tragédie, et une trahison de la part de Victor, qui, pourtant, fera tout pour l'aider.

Critique:
Je m'attendais au genre de livres comme "Le fils du pauvre" de Mouloud Feraoun ou "La rue cases nègres" de Joseph Zobel. Je pensais: un instituteur découvre un jeune prodige, il va le hisser jusqu'à de brillantes études. Ça avait l'air sympathique, mais un peu rebattu, comme thème. Surtout que quand on a lu "L'année du certif" et "La classe du brevet", du même auteur, on s'attend à un livre de ce genre. Heureusement, il se passe des choses qui détourne le livre de la voie qu'on lui trace. D'abord, Colinet ne peut pas continuer ses études. Il est condamné à être confiné dans un travail qu'il n'aime pas, dans une famille qu'il n'apprécie peut-être pas, puisqu'elle l'empêche de s'adonner à sa passion. On imagine pour lui une vie étriquée, pleine de déceptions, une vie qu'il passerait à en mourir. Là encore, cela ne se passe pas ainsi. Michel Jeury arrive à nous surprendre, et c'est très bien.

Il y a une chose à laquelle on s'attend un peu: l'histoire d'amour. On n'en n'est pas absolument sûr, mais on la voit venir. Pourtant, elle ne déçoit pas, lorsqu'elle arrive. Elle est attendue, mais pas téléphonée. Je la trouve assez jolie.

D'autre part, certains personnages sont très intéressants.
Victor est attachant.
Le maire est intéressant, car il a l'air d'être ouvert, et d'avoir des idées progressistes, tout comme sa femme, "la Reine Constance".
Julie est un peu l'archétype du personnage prisonnier qui veut s'en sortir. On est content qu'elle puisse réaliser son rêve.
Quant à Emilie, elle est parfois agaçante. Elle a des idées que je partage, mais, peut-être à force d'être brimée, à force de voir à quel point certains sont rétrogrades, elle est très sarcastique, ironique, et parfois, agressive. Elle veut faire passer ses idées, mais ne s'y prend pas correctement. On est d'accord avec ce qu'elle veut faire passer, mais sa méthode fait grincer des dents. Pourtant, on ne peut s'empêcher de se demander comment on réagirait à sa place.

C'est un livre très plaisant, que j'ai beaucoup aimé lire. ... La déception de la fin fut d'autant plus cruelle. En effet, quelque chose qui ne m'a pas plu arrive à la fin, quelque chose de totalement inattendu, et de gratuit. Bien sûr, je suis soucieuse de réalisme et de vraisemblance dans les romans, et on me dira que cette fin est tout à fait réaliste, et vraisemblable. Soit, mais si la chose qui ne m'a pas plu n'était pas arrivée, le livre aurait été tout aussi vraisemblable et réaliste. Dans les romans, quand une fin heureuse n'est pas tirée par les cheveux, je la préfère nettement à une fin triste. Et là, cela n'aurait pas été tiré par les cheveux. En outre, quand on connaît Jeury pour les deux ouvrages précédemment cités, on s'étonne de cette fin. J'aimerais bien savoir pourquoi il a fait une telle fin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christophe Caysac pour les éditions VDB.

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